Brève : la Turquie en Europe, c'est toujours non. (Dialogue fictif entre deux présidents en exercice)

Brève : la Turquie en Europe, c'est toujours non. (Dialogue fictif entre deux présidents en exercice)
_____Monsieur Obama a suggéré, ce week-end à Strasbourg, à Nicolas Sarkozy de réfléchir à accélérer l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Celui-ci lui a en retour proposé d'intégrer le Mexique dans les USA.

_____Le Président des Etats-Unis d'Amérique, surpris, a répondu qu'ils n'avaient pas passé des siècles à renvoyer les immigrants mexicains chez eux pour leur ouvrir gracieusement la porte aujourd'hui. Non sans préciser que l'histoire du Mexique et celles des USA avaient toujours été distinctes, et que par conséquent rien ne pouvait rapprocher ces deux cultures, totalement différentes. "Faire rentrer le Mexique dans les USA n'est donc pas à l'ordre du jour, s'est un peu emporté monsieur Obama ; et je vous prierais, monsieur Sarkozy, de laisser à l'avenir les américains s'occuper de leurs problèmes."

_____Il n'y a rien à dire : cet homme est plein de bon sens...

# Posté le lundi 06 avril 2009 04:55

Modifié le lundi 06 avril 2009 05:30

Brève (désolé, pas tellement le temps de faire mieux en ce moment) / Battle exclusive : Mgr André Vingt-Trois vs. Orelsan !!!

Brève (désolé, pas tellement le temps de faire mieux en ce moment) / Battle exclusive : Mgr André Vingt-Trois vs. Orelsan !!!
_____Mgr André Vingt-Trois (vieil évêque catholique français) : "Le plus difficile, c'est d'avoir des femmes qui soient formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête."
(Radio Notre-Dame, 6 novembre 2008)

_____Orelsan (jeune rappeur et idole des jeunes) : "t'es juste bonne a t'faire péter le rectum", "on verra comment tu suces quand j'te déboiterais la mâchoire / t'es juste une truie, tu mérites ta place a l'abattoir", "j'rêve de la pénétrer pour lui déchirer l'abdomen", "pétasse.. tu mériterais seulement d'attraper le dass".
(Chanson "Sale pute", sur Skyrock plusieurs fois par jour, et sur Internet depuis 2007)


Mgr Vingt-trois a été élu "macho de l'année" par les Chiennes de Garde.

Orelsan est programmé au Printemps de Bourges 2009.



Quelqu'un a besoin de commentaires ?

# Posté le mercredi 08 avril 2009 10:35

De l'esprit changeant de ce blog : annonce au lecteur.

De l'esprit changeant de ce blog : annonce au lecteur.
_____Certains d'entre vous l'ont remarqué : j'ai changé le titre de ce blog. Jusqu'à il y a peu, c'était encore "Le blog que c'est qu'il a rien à dire, mais qu'il le dit joliment", titre qui avait été posé là au jour de la création du blog, et que j'aimais bien, notamment parce qu'il me valait des remarques amusantes de certains lecteurs : "Ouai, euh ouai, tu fais le malin, tout ça, mais en fait même dans ton titre y'a un truc qu'il est pas français dedans". Ce à quoi je répondais "Certes", pour éviter de perdre mon temps à expliquer que justement, pauvre nul, c'est ça que c'est drôle, tu vois ? C'était un beau titre, qui a été ma ligne blanche à ne pas franchir pendant plus de deux ans et demi : écrire bien, mais si possible uniquement pour le plaisir d'écrire. L'Art pour l'Art, en somme. J'y ai cru, et je crois qu'il était bien que j'y croie. Pendant ces deux ans, j'ai appris à écrire, j'ai aiguisé ma plume sur divers sujet tous plus inintéressant que les autres, et j'ai éprouvé mon style en le frottant à votre critique amicale.

_____Ce titre à changé. Ce n'est pas un détail, on ne change pas un titre impunément. Ce n'est pas non plus un coup de tête, du genre “Tiens, je vais changer mon titre, on verra combien de temps passera avant que quelqu'un s'en rende compte”. Heureusement d'ailleurs : ça n'aurait duré qu'une demi-journée. Non, ce changement de titre est la conséquence et l'annonce d'un changement à l'intérieur du blog. Depuis quelques temps, mes textes ne racontent plus d'histoires absurdes tirées de mon imaginaire qui fait-l'con (on me dit que c'est "imaginaire fécond", qu'il faut dire. Oui, aussi, si vous voulez), mais s'attachent à exprimer mon juste courroux (le courroux est toujours juste, et est toujours le fait de celui qui parle. On dit "MON juste courroux", mais "SA colère puérile". C'est beau, la langue française), à appuyer sur une absurdité relevée dans la presse, à mettre en doute une opinion répandue... En un mot, ils tentent de faire passer une idée. Ils ne disent plus "rien".

_____Il est fini le temps où Fikmonskov n'avait rien à dire ; aujourd'hui, il bout de colères, d'espoirs, d'envies, de luttes ; et son arme est prête à servir, ses mots sont rangés en ordre, prêts à être tirés du carquois pour pleuvoir sur l'ennemi ; sa plume est solidement attachée à sa ceinture, ne demandant plus qu'à être sorti du fourreau pour tailler de l'Infidèle en pièce.

_____Fikmonskov part en guerre. Et on ne part pas en guerre en levant déjà le drapeau blanc : on l'annonce, on le clame, on le crie. D'où ce titre. Qui, ça ne vous aura pas échappé, reste humoristique (sinon tout à fait drôle) : si un blog – surtout sur Skyrock – sert à raconter la vie de son auteur, celui-ci servira à exposer l'avis du sien. C'est petit, je le reconnais, mais l'idée m'a arraché un sourire. Il m'en faut peu, en général.

_____Cependant, amis lecteurs amoureux de mes textes abscons, ne désespérez pas : je ne compte pas me satisfaire de brèves ridicules, comme je l'ai fait ces derniers temps. Je continuerai à tenter d'écrire bien, à essayer de vous faire rire, à raconter des absurdités. Seulement, il y aura le plus souvent un petit sens caché dans l'écrin des phrases. Libre à vous de le chercher, ou de vous contenter d'écouter la musique des mots ; ce blog reste à vous.



Photo par votre serviteur.

Leonard Cohen, Suzanne.

# Posté le lundi 13 avril 2009 05:59

Modifié le mardi 14 avril 2009 04:20

Jules Renard disait : "Le féminisme, c'est ne pas compter sur le Prince Charmant". Il avait tort : le féminisme, c'est s'acharner à décourager un hypothétique Prince Charmant, en agissant en toute chose comme ses copains de régiment.

Jules Renard disait : "Le féminisme, c'est ne pas compter sur le Prince Charmant". Il avait tort : le féminisme, c'est s'acharner à décourager un hypothétique Prince Charmant, en agissant en toute chose comme ses copains de régiment.
_____J'en ai déjà parlé ici, mais, comme disait Louis XVI en rentrant dans la chambre de Marie-Antoinette, "Quand on tient un bon coup, y'a pas, faut y retourner". Cette référence historique (totalement véridique : je la tiens d'un journaliste de l'Express, c'est vous dire à quel point ça ne peut qu'être vrai...), toute nimbée de frêle poésie et de romantisme sauvage, est idéale pour introduire notre sujet du jour. En effet, je vais parler de poésie, de délicatesse, de douceur, de féminité. En un mot, des Chiennes de Garde. (Pardonnez-moi, je dis toujours des absurdités quand je suis fatigué – il y a peu, j'ai ainsi évoqué Houellebecq au cours d'une discussion littéraire...)

_____Rappelez-vous : le 8 avril 2009, je vous citais quelques vers du doux Orelsan, que j'opposais à une phrase nauséabonde de cette ordure fasciste d'André Vingt-Trois, désigné "Macho de l'année 2008" par ce Comité de Salut Public version plus ou moins féminine. Ce petit texte, je l'ai envoyé à ces dames, pour leur signifier que j'adhérais pleinement à cet idéal d'égalité qui les pousse à tout faire pour être aussi connes que beaucoup d'hommes. Et elles m'ont répondu :

Regardez sur notre site et vous verrez notre action contre la violence des paroles de chansons de ce rappeur.
Cordialement
L'équipe courrier des chiennes de garde


Non sans avoir regretté en mon for intérieur qu'elles poussassent la goujaterie jusqu'à même oublier de me saluer au début de leur courrier, j'allai sur leur site m'enquérir de la teneur dudit "combat". C'est un court texte intitulé

MOI, J'SUIS CAP' !
Réponse de la rappeuse au rappeur


... qui mériterait de figurer dans toutes les anthologies de la poésie française, aux côtés de Grand Corps Malade et Bénébar. Je vous le livre sans correction (je n'ai pas trop le temps, là, je suis attendu demain soir pour un cinéma, je m'en voudrais d'arriver en retard), avec juste, comme c'est la coutume chez les journalistes, quelques petits commentaires mesquins et ironiques. Vous adorez ça, ne me dites pas le contraire. Accrochez-vous, c'est parti.

Regard'-moi dans les yeux, Orelsan, et fil' doux !
Tu te crois tout permis, les insult' et les coups.
T'es pas à la hauteur, arrête tes délires !
[Sous-entendu : si encore tu faisais vraiment de l'Art, tu pourrais te permettre d'être obscène, violent, misogyne, ordurier, pervers... Admettons]
Ma patience est à bout, prépare-toi au pire !
Les p'tits mecs dans ton genre, je n'en fais qu'une bouchée.
Ton "Sale pute !", dans la gorge je vais te l'faire rentrer.


[On remarque d'emblée que la demoiselle a choisi de répondre à la violence par la douceur...]

Parc'que tu chantes à Bourges, tu te la pètes grave,
toi, banal en images
["t'es juste bonne a t'faire péter le rectum", je trouvais ça assez imagé, moi], et nul en orthographe ! [Sans commentaire, pour le coup...]
Cogner, violer, casser, tabasser, massacrer,
les filles dans ta tête, le français sur l'papier,
tu te la joues rebelle, et tu t'crois très méchant.
T'as la haine, que tu dis, ça remplace pas l'talent.
[Venant de quelqu'un qui "chante" : "Ton "Sale pute !", dans la gorge je vais te l'faire rentrer.", c'est plutôt comique. Si je n'avais peur de rabaisser le débat, j'irais jusqu'à suggérer que "C'est celui ki-di-ki-è". Mais le rabaisserait-ce ?]

Faut t'y faire, Orelsan, j'embrasse qui je veux, [Qui tu veux ? Tu ne lui demandes pas son avis ?]
et la rue est à moi, je n'ai pas froid aux yeux. [Moi qui croyais que la rue est un espace publique... A qui faut-il demander les autorisations de circuler ?]
T'aurais pas dû m'chercher, j'vais l'crier sur les toits,
te mettr' la honte à donf jusque devant chez toi,
ça s'ra sur Internet, ça f'ra l'tour des radios,
que t'es qu'un bandemou, un ringard de macho.
["Bandemou", ça c'est imagé, il faut le reconnaître...]

T'as dit ''t'es différente des meufs que j'ai connues''.
C'était quand tu m'draguais, mais t'as encore rien vu.
Rien à fout' de ta haine, elle va direct poubelle.
J'vais pas m'laisser salir par un p'tit vermicelle.
Si tu baises comme t'écris, y a pas d'quoi la ram'ner :
les paroles de ton rap, c'est du sous-Dieudonné !
[Oh, ça c'est pas sympa, du sous-Dieudonné... On sent qu'elle a voulu faire mal, sur le coup.]

À force de dire ''t'es bonne'', de te prendr' pour le pape, [Je ne l'ai jamais entendu dire ça, le Pape...]
t'as oublié que j'suis meilleure que toi en rap.
J'appelle les copines : "Féministes, wesh ! yo !"
[Drôle de noms...]
J'en ai soupé, d'ta haine, je sors mon grand couteau,
l'ail et les p'tits oignons, j'émince et j'fais chauffer.
[Comme quoi même une féministe peut ressortir des clichés machistes... Une femme à la cuisine, oh l'ignoble retrograde]
T'as assez dégueulé, maintenant tu vas t'calmer.

[Vous avez compris quelque chose à ce couplet, vous ?]

Les filles, finissons-en avec ces p'tits couillons ! [Au moins comme ça c'est clair : c'est la guerre.]
Ils étaient forts tant que nous n'osions pas dire NON. ["J'ai la migraine", c'était déjà une façon de dire non, il me semble.]
Orelsan, baisse ton froc, je saliv' déjà trop. [Faudrait savoir : tout à l'heure il n'avait pas de quoi la ramener dans ce domaine, et maintenant tu salives ? Mets-toi d'accord avec toi-même, ma petite.]
Chiennes de garde, foncez, et en avant les crocs !
Aux défenseures des femmes les oreilles et la queue,
les couilles à l'offensée, et des excuses je veux.


[Cette dernière tirade est magnifique : ce que veulent les féministes, ce n'est pas une égalité en droit avec les hommes, c'est récupérer leurs couilles et leur queue. En fait, c'est des mecs frustrées. Et c'est même pas moi qui le dis...]


_____J'ai répondu en ces termes choisis :

Madame (j'ai le droit de vous appeler "madame", ou c'est sexiste ?)

J'ai vu ça, en effet. La réponse de votre rappeuse est si pleine de poésie qu'elle donne presque envie d'écouter Orelsan...

Moi qui aime les femmes pour leur douceur, je commence à me poser des questions.

Ce que je voulais dire avec cet article, c'est que la condamnation de Mgr Vingt-Trois était une absurdité sans nom, et que le foin que vous avez fait autour de cette non-affaire de la jupe ne se retrouve pas dans votre "réponse" à Orelsan. Décernez un prix spécial et hors concours à Orelsan, exigez des excuses publiques (comme celles qu'a faites Mgr Vingt-Trois, et que vous avez refusé d'entendre), et vous serez crédibles. Là, vous ne l'êtes pas.

Cordialement

Fikmonskov



_____Depuis, plus de nouvelles. Je ne comprends pas très bien pourquoi... Le "mystère féminin", sans doute.



Photo : "Amour maternel" par votre serviteur.

Queen, Mother love.

# Posté le lundi 20 avril 2009 10:37

Modifié le lundi 20 avril 2009 14:36

Attention !!! Cet article n'est le reflet que de l'opinion de son auteur !

Attention !!! Cet article n'est le reflet que de l'opinion de son auteur !
_____Ça marche à tous les coups : à chaque fois que je m'engage dans un débat (contre le déplacement du bac parce que ça va empêcher les lycéens de participer à la fête de la musique ; contre l'absolution sans confession d'Orelsan parce que c'est un artiste et qu'il a compris les jeunes, lui, contrairement au vieux con que vais finir par croire que je suis déjà ; pour la lecture complète d'un article paru dans un journal d'extrême droite avant que de le critiquer et d'accuser son auteur de nazisme, et que de toute façon on le savait déjà ; et en général contre la connerie humaine sous toutes ses formes), arrive bien vite un commentaire, généralement pas plus idiot ou argumenté que les autres, qui s'en distingue néanmoins par sa conclusion, sublime : "Enfin, moi je dis ça, mais c'est mon avis, tu peux penser autre chose". Je ne sais pas vous, mais moi je l'aime beaucoup, ce commentaire. Je finis par l'attendre, l'espérer, le guetter, un peu comme on peut le faire avec le point Godwin ; et très vite on acquiert un flair particulier, qui nous fait sentir qui le rédigera le premier. En général, c'est celui de nos interlocuteurs qui s'acharne le plus à nous faire sentir, avec des grâces pachydermiques et une légèreté marmoréenne, que tous les avis se valent, sauf celui qu'on s'acharne à défendre, et qu'il est à fond pour la liberté d'expression sauf pour ceux qui pensent pas comme lui. Un mec bien, en somme, qui par ailleurs pense que la paix c'est sympa et que pour l'obtenir il va falloir aller tout casser, qui prend son avenir tellement à c½ur qu'il préfère aller hurler dans la rue que ça va mal plutôt que de rester assis sur son cul à acquérir les outils intellectuels qui pourraient lui servir à voir ce qui va vraiment mal, et à trouver comment changer les choses. Et si c'est vraiment un mec très bien, il ira jusqu'à diffuser – pour montrer comme c'est ignoble, ce en quoi il n'a d'ailleurs pas tort – des vidéos de massacres de bébés phoques [Attention, lien choquant !], tout en continuant à militer pour le génocide [Attention, lien encore plus choquant ! Sinon, c'est qu'il y a un problème...] dont il est, sans s'en rendre compte, un des rares rescapés, celui qui se pratique en chambre d'hôpital, contre des victimes qui ne peuvent même pas se cacher dans une cave ou mourir courageusement les armes à la main ou au moins la tête haute malgré le pyjama rayé auquel ils n'ont même pas droit.

_____Mais si je vous parle de cette phrase, ce n'est pas uniquement pour placer de jolies métaphores, ou réaffirmer que j'aime la vie humaine plus que la vie animale, c'est parce que, comme dit Zemmour toutes les deux phrases, elle est "révélatrice de quelque chose de notre époque". J'irai même jusqu'à écrire "... de quelques choses ..."


_____Tout d'abord, elle suffit à elle seule à jeter par terre le fantasme selon lequel nous vivrions dans une société de dialogue. De même qu'il n'est jamais plus nécessaire de redire qu'il faut laisser sortir les gens qui sont dans le métro avant de rentrer soi-même que quand plus personne ne le fait ; de même qu'on ne parle jamais autant de respect de l'autre que quand ce respect semble avoir complètement disparu de la surface de la terre ; de même qu'on se retrouve obligé de rappeler que "séquestrer des patrons c'est pas sympa" tellement ça semble devenu normal... De même, le fait qu'un quidam semble obligé de préciser à la fin de chacune de ses interventions qu'on peut si on veut dire le contraire prouve à mon sens que l'idée dominante est que toute opposition n'est rien d'autre qu'une agression caractérisée. Exemple avec l'ami Zemmour ("l'ami Zemmour", c'est une expression : je ne le connais pas. Mais je l'aime bien, parce qu'il fait chier le monde à force de jeter ses pavés dans la mare plutôt que sur la police, ce qui est éminemment réactionnaire, donc sympathique), l'ami Zemmour qui a été quasi-menacé de mort dans une chanson par un rappeur qui n'avait pas aimé qu'il dise autre chose, dans une émission où il est payé pour être critique, que "J'adore votre disque, m'sieur, et je conseille à Baudelaire d'aller retravailler ses textes, à Mozart de changer de style de musique, et à Paco de Lucia de quitter la guitare pour les samplers, quoi, t'as vu, respect quoi". C'est un fait : sous le couvert de l'invitation permanente à s'exprimer (les blogs, les statuts Facebook ou Twitter – limités à 140 signes, c'est dire si on va loin dans l'expression philosophique), à dialoguer (Msn, téléphone, tables-rondes citoyennes conviviales et festives, fête de tout et de rien) ou à échanger (je ne parle pas que des boites du même nom), se cache en fait un refus total de la confrontation, de la contradiction, du débat. Ce que confirme d'ailleurs notre mec bien de plus haut, quand il finira par répondre, après qu'on a répondu à son "Enfin, moi je dis ça, mais c'est mon avis, tu peux penser autre chose", d'un magnifique "Va te faire foutre, t'as vu, tu penses ce que tu veux mais fais pas chier, ok ?"


_____Je passe rapidement sur l'évidence selon laquelle cette même petite phrase est également révélatrice du relativisme absolu dans lequel nous vivons. "C'est mon avis, tu peux penser autre chose" revient en fait à dire que ce que je pense aura aux yeux de mon interlocuteur la même valeur absolue que ce qu'il a dit lui, même si ça dit exactement le contraire. Et donc que la Vérité n'existe pas. Et donc qu'il est inutile de discuter, puisque de toute façon on a tous les deux raison. Même si je dis moi que la Vérité existe, et qu'il dit lui qu'aucune vérité n'existe. Sauf celle-ci : "Aucune vérité n'existe". Pierre Dac, maître absolu de l'absurde avec Woody Allen, n'a jamais fait aussi grandiose que ça.


_____Cette phrase est enfin ("enfin", ça veut dire qu'on arrive à la fin de l'article, rassurez-vous) un des multiples avatars d'une manie contemporaine : celle de vouloir que chaque personne qui ose émettre un avis personnel s'abstienne surtout de paraître trop péremptoire. Ainsi, on ne doit pas dire "Il fait beau aujourd'hui", mais "Je trouve qu'il fait assez beau aujourd'hui", parce que d'autres pourraient trouver que la beauté du temps est relative. C'est une manie à laquelle on m'a souvent reproché de ne pas céder, m'enjoignant de rajouter de temps en temps un petit mot destiné à bien préciser que ce que je disais n'était que le fruit de ma pensée personnelle, que je n'affirmais rien, que je ne faisais qu'émettre des hypothèse. Alors qu'il semble évident que quand JE parle, je dis ce que JE pense, sinon je préciserais "Aristote pensait que..." ou "Platon disait..." Et si quelqu'un veut dire "Fikmonskov dit que...", je n'ai rien contre ; mais qu'on ne me demande pas de le faire. Là aussi, c'est révélateur d'un relativisme ("Mon opinion vaut la tienne, et je le montre bien en précisant que ce n'est finalement QUE mon opinion que j'exprime"), d'une impossibilité de dialoguer (si je ne fais qu'exposer mon avis, en précisant bien qu'il n'est nullement le reflet d'une Vérité, je n'élève pas le débat vers une conclusion, je ne fais que rajouter mon jus au mélange d'opinions – toutes également valables – qu'on fait passer pour un débat), comme montré précédemment. Mais en plus, ça finit par noyer complètement l'idée principale sous un amas de scories prudentes. Imaginez, si Pascal avait dû obéir à cette exigence de neutralité apparente, à quoi auraient ressemblé ses Pensées ? J'ai testé pour vous, sur un court extrait.

_____Quand je m'y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où on dirait bien que naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et – à mon goût - souvent mauvaises, etc., j'ai eu l'impression de constater (mais on pourra m'affirmer le contraire) que tout le malheur des hommes vient à mon avis d'une seule chose, qui serait apparemment de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Il me semble qu'un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir – ou au moins une absence de peine –, n'en sortirait probablement pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. Peut-être que je fais erreur, mais je crois qu'on n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et je suis à peu près sûr qu'on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. C'est mon avis, mais je peux me tromper.

Blaise Pascal, Opinions personnelles et réfutables



Je défie quiconque de lire plus d'une page comme ça. Et surtout de la comprendre...



Photo : "En attendant mon train" par votre serviteur.

Cadeau Bonus : un article d'un fidèle lecteur sur le même sujet, qui reflète lui aussi l'opinion de son auteur, opinion qui se trouve être sensiblement la même que la mienne. Enfin, on pourra trouver que pas vraiment...

Article rédigé au son de Sonata Arctica, False news travel fast.

# Posté le jeudi 23 avril 2009 08:23

Modifié le mardi 28 avril 2009 09:07