OSS 117, Rio ne répond plus : une (rapide) analyse paranoïaque et complotiste visant à justifier une incapacité chronique à être satisfait des mêmes choses que tout le monde...

OSS 117, Rio ne répond plus : une (rapide) analyse paranoïaque et complotiste visant à justifier une incapacité chronique à être satisfait des mêmes choses que tout le monde...
_____Je suis allé voir OSS 117, Rio ne répond plus. Parce que j'aime beaucoup le premier, parce que les bande-annonces étaient marrantes, parce qu'un ami m'a invité, parce que pourquoi pas...

_____On a beaucoup parlé de ce film comme d'un retour à une certaine liberté de ton, on a cité Coluche, Jean Yanne ou Desproges pour leur faire endosser la paternité spirituelle de Dujardin (alors que Funès eût été plus indiqué, surtout dans ce numéro 2), et on a – dans certains milieux – poussé un grand soupir de soulagement : on peut donc encore aujourd'hui rire des juifs (et donc rire de tout, puisque c'est le tabou absolu), et sortir dans quasiment toutes les salles de France. En plus, ça n'y va pas avec le dos de la main-morte : selon notre héros, l'idée d'envoyer des juifs rechercher un ancien nazi est absurde, parce que ce dernier n'aura aucun problème pour les reconnaître. Et de citer en substance "le nez et les doigts crochus, le lobe des oreilles pendant, et la bite à col roulé" dont parlait Desproges comme signes évident de judaïté. Le tout devant deux agents du Mossad effarés ; et sans que ça ne dérange grand-monde dans la salle, pleine et hilare, alors qu'un Dieudonné faisant plus ou moins les mêmes blagues dans ses sketchs fait hurler de haine la France entière.

_____Si ces blagues sont perçues comme des blagues et non comme un discours ignoble qui nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, c'est que les interviews de Dujardin ont porté presque exclusivement sur ce point. L'acteur a en effet passé son temps à insister sur le fait que Bonnisseur de la Bath est un abruti rétrograde, complètement déconnecté du monde dans lequel il vit et de l'époque qu'il traverse (forcément, avec un nom comme ça, le pauvre). Une insistance un tout petit peu lourde, puisqu'elle est carrément évidente dans le film (ce qui fait perdre beaucoup de charme au personnage, d'ailleurs, qui était dans le premier film un séduisant imbécile sympathique à qui tout finissait par réussir en chanson – le français typique, en somme -, et qui n'est plus qu'un gros con dans le deuxième) : silences pesant à chacune de ses blagues, vague d'insultes à son égard, regards lourds de reproches. Mais en tout cas, la ligne directrice est claire : OSS est un abruti qui ne dit que des conneries.

_____C'est là que ça me pose un petit problème. Parce que justement non, OSS ne dit pas que des conneries. Ce type, qui est un crétin fini (rappelons-le encore une fois, il faut "excuser" ses propos antisémites), considère que "Un homme va avec une femme, tout le reste n'est que perversion, maladie mentale" ; il engueule vertement un gamin qui dit de son père qu'il n'est qu'un vieux con ; il rappelle à des hippies que la vie ce n'est pas que de la guitare sur une plage ; il a du mal avec la parité homme/femme ("D'égal à égale ? On verra quand il faudra porter quelque chose de lourd") ; il aime son pays et son président ("C'est le président René Coty ; ce sera ton porte-bonheur") ; il aime les femmes...

_____Toutes opinions qui sont à mon sens, sinon finement exprimées, assez justes. Je considère que l'homosexualité n'est pas naturelle, qu'un fils doit le respect à son père (même si, dans le cas qui nous occupe, on puisse comprendre qu'un fils hippy ait du mal à respecter un père nazi), je sais que la vie n'est pas que de la guitare sur une plage (même si j'aimerais bien), la parité est à mon avis une connerie sans nom, j'aime la France (et j'ai du mal avec son président, mais il est quand même mon président, je me dois de respecter la fonction à travers l'homme), et j'aime les femmes (les vraies, fragiles, touchantes, amoureuses, fidèles, fières...) Tout cela fait-il de moi un con fini ? En sortant de ce film, j'en ai eu l'impression. Et le public pourrait bien, inconsciemment ou non, finir par assimiler quiconque pense tout ça à cet abruti de Bonnisseur de la Bath, qui n'est qu'un sale raciste, misogyne, antisémite. En plus d'être vraiment très con.

_____Finalement, ce film pourrait bien être, plutôt que le retour annoncé à une certaine liberté de ton, un maillon de plus de la chaîne idéologique dans laquelle on enferme progressivement nos intelligences.

_____"C'est habile", comme dit l'autre...



Photo : Hubert Bonisseur de la Bath et son fameux smoking en alpaga.

# Posté le vendredi 24 avril 2009 08:52

Modifié le mardi 28 avril 2009 10:56

Où l'auteur profite sans vergogne d'un soudain pic de fréquentation de son blog (pic dû à un racolage acharné auprès des élites de ce pays) pour se faire un pti coup de pub.

Où l'auteur profite sans vergogne d'un soudain pic de fréquentation de son blog (pic dû à un racolage acharné auprès des élites de ce pays) pour se faire un pti coup de pub.
Photo non contractuelle : la table basse en acajou massif, largeur 50 cm, longueur 125 cm, hauteur 35 cm, quatre pieds équipés de patins anti-rayures, ainsi que le verre à liqueur et à pied, et le cognac qui le rempli, ne sont pas fournis. En même temps, pour 8 euros TTC, faut pas rêver...


_____Chers amis, anciens amis comme nouveaux amis.

_____Les plus anciens d'entre vous le savent déjà : sous les dehors rigolards d'un comique marrant - bien que parfois un peu trop réac' au goût de certains -, je suis en fait un gros connard de capitaliste. Ceux-là ne seront donc pas surpris par la teneur de cet article. D'autant plus qu'ils ont déjà eu droit à cette page de pub juste avant Noël...

C'est donc aux autres que je m'adresse.

_____Il y a de ça quelques mois, je rédigeai, pour tuer un temps dont je disposais en abondance, un petit opuscule para-littéraire joyeusement intitulé Suicidez-vous jeune, vous profiterez de la mort, ce qui prouve que je n'étais déjà pas très bien dans ma tête. En gros, sans vouloir résumer (d'autant moins qu'on ne saurait résumer un tel vide), ça raconte les aventures passionnantes d'un type qui croit qu'il en a marre de la vie, alors qu'en fait non, il en a juste une fringale incroyable, tellement inassouvie que ça lui en fait mal au ventre. Alors ce jeune homme décide, un beau matin, que ça suffat comme ci et qu'il veut mourir. Et là, plutôt que de se jeter par sa fenêtre, comme n'importe quel désespéré moyen sans imagination, il décide de trouver quelque chose de plus original, et de partager ses recherches avec la Terre entière, en en faisant un bouquin.

_____Ce passionnant scénario n'est en fait pour l'auteur qu'un prétexte pour crier sa haine du football, des présentateurs télé et des psychologues, pour déverser un flot de calembours moisis et de blagues de mauvais goût (il va jusqu'à rire des juifs, l'ignoble), pour contredire les versions officielles du 11 septembre, du naufrage du Titanic et de la tentative de vol plané de Franz Reichelt (oui, c'est aussi un bouquin culturel), et pour montrer à tous les passants son hénauuuuurme... mauvaise foi.

_____Un ouvrage finalement totalement dispensable. Mais qui présente un avantage certain : il se lit si vite qu'on n'a pas l'impression, en le refermant, d'avoir perdu de temps. Ce qui le rend indubitablement plus sympathique que le dernier Houellebecq...


Photo par votre serviteur.

# Posté le lundi 27 avril 2009 04:52

Modifié le mardi 28 avril 2009 09:00

Compte-rendu mal foutu, pas clair, non-argumenté et inutile d'une soirée inutile, pas claire, mal-foutue et non-argumentée...

Compte-rendu mal foutu, pas clair, non-argumenté et inutile d'une soirée inutile, pas claire, mal-foutue et non-argumentée...
_____J'étais hier soir dans les locaux de France Télévision, pour assister à une émission où devait intervenir un homme dont j'apprécie l'esprit et la plume, alertes l'un comme l'autre, M'sieur François Miclo. C'était à "Ce soir (ou jamais)", une émission dont on m'avait dit qu'elle était parmi les moins connes du Paf.

_____Eh bien c'était vrai : cette émission n'est pas conne. A moins qu'on considère qu'un vide complet puisse être con... Ce fut un long vide de deux heures. Deux heures desquelles moi et les amis avec qui j'étais n'avons retiré qu'un mal de ventre sournois, causé par un dégout trouble de ce service publique où quiconque tente d'élever le niveau se voit opposer l'argumentaire creux d'un adversaire qui n'a manifestement rien à dire, et le silence indifférent d'un public qui n'est là que pour boire gratuitement du mauvais champagne et passer à la télévision, ce qui est le but ultime de toute personne normalement constituée.

_____Le débat, après avoir habilement louvoyé autour de questions fondamentales - comme le travail du dimanche, la judiciarisation forcenée, ou l'insécurité à l'école – en évitant consciencieusement de rentrer dans le vif du sujet, se posa sur le problème suivant : nos voisins et néanmoins amis grands-britons voient leurs filles tomber enceintes (quelle chute !) de plus en plus jeunes. Et de rappeler le cas de ce jeune garçon de 13 ans ayant eu un enfant avec sa "compagne" (on dirait plus volontiers "copine de bac à sable") de 15 ans (en fait, ce n'était même pas lui le père, ce qui prouve qu'en plus elle l'avait trompé ; personne sur le plateau n'a cru bon de le relever). Avec à l'appui deux interventions d'anglaises lambda (rousses, moches et avec des grandes dents. Je me demande s'ils l'ont fait exprès, ou si elles sont vraiment toutes comme ça...), qui se répandaient en face de la caméra en expressions de dégoût : "Ah, moi, si ma fille venait me dire qu'un garçon de 13 ans l'avait mise enceinte, je trouverais franchement ça dégoutant, hein". Et le débat de s'engager sur l'idée que, quand même, on ne peut pas tout à la fois être adolescent et parent. Et que donc il faudrait mieux éduquer ces jeunes anglaises. "Mieux éduquer"... Ah ben oui, bonne idée.


_____Avant d'entrer dans le studio, nous avions passé une heure dans le hall d'entrée, sur les murs duquel étaient projetés les programmes des différentes chaines de France Télévision. C'est ainsi que nous avons pu assister à la projection, à 20 heures 50, du docu-fiction L'odyssée de l'amour.

_____En gros, ça ressemblait à n'importe quelle comédie américaine à l'eau de rose, en pire, avec des images de synthèses moches pour la partie documentaire. Je n'en ai retenu qu'une seule phrase, prononcée par l'héroïne de cet objet télévisif non-identifiable, allongée intégralement nue sur son lit, dans les bras d'un homme qui n'était pas celui qu'elle était sensée, selon le synopsis, épouser quelques jours plus tard. Encore palpitante d'émotion, et tandis que l'individu qu'elle avait lancé sur sa couche pré-maritale allumait une cigarette en se préparant à s'endormir lourdement, comme tout un chacun après l'acte d'amour, cette brave fille s'exclama soudain (bien qu'intérieurement, mais on l'entendait quand même... Magie du cinéma !), les yeux brillants : "J'en suis sûr, je suis amoureuse, c'est l'homme de ma vie !"

_____Le message est clair : l'homme de sa vie se trouve sur un lit. De là à laisser entendre aux jeunes filles de France qu'il n'y a de meilleur moyen pour trouver l'homme de sa vie que d'organiser un casting géant sur matelas, il n'y a qu'un pas.


_____“Mieux éduquer”, qu'ils disaient...



Photo : "Fontaine" par votre serviteur.

Article rédigé au son de System of a down, Deer dance.

# Posté le mercredi 27 mai 2009 17:01

Modifié le jeudi 28 mai 2009 04:05

Kan C 2 la mR2, C 2 la mR2... *

Kan C 2 la mR2, C 2 la mR2... *
_____Une oeuvre d'art ! C'est une véritable oeuvre d'art ! Et je baise mes veaux. Je parle de ce petit film, qui fait revivre à lui tout seul les grandes heures d'Audiard, de Jeunet, et de Marx Dorcel.

_____Résumé, pour ceux qui - à juste titre - craindraient le pire et n'oseraient pas cliquer sur le lien. Une jeune femme, plutôt bien foutue (ah, on m'apprend que c'est Clara Morgane, ancienne star - bien conservée - de films d'auteurs, de ce genre où les dialogues se font par onomatopées, parce que c'est vrai que c'est pas évident de parler avec la bouche pleine...) et ne le cachant pas beaucoup, ouvre la porte à un plombier. Les spectateurs le plus fins sentent déjà venir le drame, parce que sa nuisette blanche est si trempée qu'elle en est encore moins opaque que normal ; n'en ayant apparemment cure, elle attire l'individu sus-dit vers un évier, où un robinet fuit à grand jets. Et là, tout bascule : le type se fout complètement de l'évier, pour porter son attention sur la belle plante ; laquelle lui fait comprendre, avec des finesses de jeu d'acteur fabuleuses, qu'elle n'a nullement envie de se laisser culbuter sur l'évier, comme le plombier - et le spectateur avec - l'aurait voulu. et de conclure : "Le désir n'est pas contagieux. Kan C non, C non".

_____C'est beau, non ? Mais j'ai quand même quelques petites choses à dire sur ce film.

_____Tout d'abord, je voudrais signaler à mademoiselle Morgane que quand je vais ouvrir la porte à ma factrice préférée pour signer un recommandé, j'évite de le faire en slip kangourou. Certes, le désir n'est pas contagieux, mais ça s'attrape quand même vachement facilement. La meilleure solution d'éviter le genre de désagréments que conte le film, c'est de sortir couvert. D'enfiler un pantalon, et si possible pas en latex, ça en excite certains.

_____Passons sur la médiocrité de la chose : c'est, me dira-t-on, une parodie de film X, et donc c'est normal que ce soit si mal foutu. Certes, j'admets l'argument. Et je passe rapidement sur ce que m'inspire le fait qu'on puisse (et en plus pour lutter contre le viol - ah oui, parce que c'est ça le but du film, quand même) parodier du porno. Parce qu'une parodie ne peut se faire que si le public connait les codes du genre parodié. Qu'une campagne de pub table sur cette connaissance de son public me désole déjà pas mal. Enfin, j'ai dit que je passais, je passe donc.

_____L'image - cocasse - du plombier à tête de clébard devrait quant à elle me faire plutôt sourire. Mais qu'y a-t-il derrière ? L'idée que le désir est forcément bestial, que l'homme en proie au désir n'est plus humain ; et donc, un peu plus loin, celle que l'amour physique n'est qu'une histoire impliquant deux bêtes. Ce que vient confirmer par ailleurs l'industrie du porno, en réduisant l'amour à de la gymnastique à deux (ou plus si affinités, d'ailleurs). Avec à la clé des ados qui comparent l'acte sexuel à "une soirée au bowling". Je l'ai lu, sous la main d'un jeune homme. Personnellement, ça ne me satisfait pas.


_____Alors d'accord, c'est pour une bonne cause : le viol, c'est caca, c'est vrai. Un peu comme il est vrai que la guerre c'est moche. Mais imagine-t-on une pub contre la guerre mettant en scène la Pologne ouvrant la porte en grand à Adolf, à poil et sans arme ? Qu'est-ce qu'on dirait ? "Ils l'ont bien cherché, faut pas être trop con, non plus" ? On n'aurait pas tort. Et le Collectif féministe (ah oui, l'homme est un animal. Tout s'explique) contre le viol me donne bien envie de suggérer que, si l'héroïne de sa pub avait finie violée par son plombier (ce que le film ne dit pas), ce ne serait que justice, elle l'aurait, elle aussi, bien cherché.

_____Je crois pouvoir dire que ce n'est pas tout à fait leur but (voir le §5)... De là à dire que cette pub va totalement à l'encontre de ce qu'elle est censée promouvoir, il n'y a qu'un pas. Oserai-je le franchir ?

_____Ben je vais me gêner, tiens...



Photo : "Lumière gaspillée" (Aucun lien avec Clara Morgane...) par votre serviteur.

Article rédigé au son de Norther, Death unlimited.

* "Quand c'est de la merde, c'est de la merde". La traduction ne me semble pas inutile : des vieux me lisent.

# Posté le jeudi 28 mai 2009 17:33

Modifié le vendredi 29 mai 2009 05:04

"Plutôt mourir que souffrir", ou "L'incroyable histoire d'un patch anti-douleur collé sur une fesse gauche"

"Plutôt mourir que souffrir", ou "L'incroyable histoire d'un patch anti-douleur collé sur une fesse gauche"
_____Il suffit parfois de pas grand-chose pour mettre en marche l'étonnante mécanique intellectuelle qu'on croyait endormie. Pas plus tard qu'hier, mon petit frère est allé chez le médecin se faire faire un vaccin. Cet événement relativement anodin (voire totalement inintéressant, sauf peut-être pour sa fesse gauche) fut le point de départ d'une longue réflexion. Plus que l'événement lui-même, ce fut une petite phrase prononcée à l'occasion par le-dit frère : "C'est nul, elle m'a pas prescrit de patch anesthésique". Pour ceux qui, comme moi, débarqueraient d'une autre planète, un patch anesthésique est un petit bout de pansement imprégné d'anesthésiant qu'on se colle sur la fesse gauche avant une piqure, afin de n'avoir pas trop mal. Il paraît que ça se fait.

_____C'est en apprenant ça que l'étonnante mécanique intellectuelle qu'on croyait endormie dont je parlais plus haut s'est mise en branle, m'inspirant la pensée profonde suivante : "Comment se peut-il qu'aucun monument n'ait été dressé à la gloire de l'homme qui a imaginé ce truc destiné à faire diminuer l'insupportable douleur que crée chez tout être normalement constitué la piqure d'un vaccin ?!" Parce que c'est vrai que c'est franchement intolérable, une piqure de vaccin : moi-même, je suis incapable de me souvenir d'aucun des multiples vaccins qu'on m'a imposés dans ma tendre enfance ; n'est-ce pas la preuve que c'était trop insupportable, et que ma mémoire a préféré effacer ces événements douloureux pour ne plus trop souffrir ? On va dire que si.

_____Un peu comme Eric Zemmour, j'ai tendance à penser que tout peut être, d'une façon ou d'une autre – et à condition de chercher, et parfois très loin –, "révélateur de notre époque". Ainsi, ce patch, ce simple bout de truc imprégné de machin, tellement inintéressant que je ne prends même pas la peine de chercher les mots juste pour en parler, tellement peu important que j'arrive quand même à en parler pendant des phrases à rallonges, tellement inexistant que je prends quand même le temps d'en faire un article, ainsi ce simple patch me semble être symptomatique d'un des grands maux de notre époque. Oui, mes amis, ce simple patch est le signe absolu et parfait de notre peur de la mort. Oh, riez, riez, gaussez-vous, lecteurs indignes ! Ça ne m'empêchera pas d'aller encore plus loin, et d'accuser ce patch d'être responsable de l'euthanasie.



_____Bon, maintenant que j'ai accroché l'½il du lecteur avec du sang et des larmes (et un peu de cul, aussi : la fesse gauche de mon frère), comme on apprend à le faire dans toutes les bonnes écoles de journalisme, je vais pouvoir aller un peu plus loin (ce qu'on a souvent moins le temps d'apprendre dans ces mêmes écoles). On prend un carnet, et on note. Interrogation écrite à la fin du cours.


_____Reprenons donc : un patch a été inventé pour lutter contre la douleur d'une piqure dans la fesse. Quelle est l'idée (quoique, "idée", c'est un grand mot) derrière cette invention ? "La douleur, bouh c'est caca, il faut tout faire pour qu'elle existe plus, quitte à se coller des patchs grotesques sur la fesse gauche." C'est un tout petit peu extrême (j'aime les euphémismes). Autant je comprends qu'on cherche des solutions pour lutter contre la douleur d'un malade du sida en phase terminale, la douleur d'un grand brûlé, ou la douleur d'un type ayant perdu toute sa famille dans un accident d'avion – toutes douleurs pouvant rendre fou, pousser au suicide, ou autres trucs pas rigolos –, autant je suis même plus que favorable à ce que la recherche progresse dans ces domaines, autant je trouve grotesque de perdre du temps et de l'argent à développer des trucs qui annulent la douleur d'une piqure. Ça me fait un peu la même impression qu'un fabricant d'anti-moustiques qui proposerait à ses clients d'acheter un canon de 88mm : ça me fait doucement rire.

_____Mais ce n'est pas qu'une question d'exagération, ou de perte de temps. C'est plus grave : c'est le signe flagrant que notre société n'accepte plus la douleur, mettant le plaisir ou l'absence de déplaisir au-dessus de tout. "Ne souffrez plus, et vous serez heureux, braves gens !", nous clame-t-il, ce patch. "Tant que tu souffres, c'est que t'es vivant", répond le bon sens et l'humour foireux d'un de mes proches, qui lance cet aphorisme puissant à chaque fois que quelqu'un à côté de lui se prend une enclume sur la tête, un clou dans le pied ou une lettre de rupture sur le c½ur.

_____La souffrance fait partie de la vie. Et plus encore, elle fait partie de la mort ; la sienne, ou celle des autres. Chaque petite souffrance quotidienne est un aperçu de la souffrance ultime ; et c'est en apprenant à vivre avec ces petites souffrances qu'on se prépare à supporter celle, immense, de la mort. Faire disparaître la douleur – physique ou morale, on pourrait aussi parler des armées de psy qui se réveillent à chaque petit drame dans une école –, c'est préparer des générations incapables d'appréhender la mort. C'est ouvrir grand la porte à l'idée qu'il est préférable de quitter la vie dès que la douleur n'est plus gérable médicalement.


_____"Plutôt mourir que souffrir". Mourrez joyeux, sans souffrance, sans douleur, sans incertitude, sans approximation, sans surprise. Mourrez sans même avoir vécu, tout remplis de produits chimiques que vous étiez : pour mieux éviter l'insomnie, qui pourrait vous obliger à réfléchir à tout ça ; pour ne pas sentir que vous avec un corps, qui disparaîtra un jour ; pour éviter la maladie, qui vous renverrait directement votre mortalité à la figure. Et quand tous ces produits ne marcheront plus, allez voir votre médecin, qui vous injectera la dose mortelle et libératrice.


_____D'une piqure dans la fesse gauche.


_____Avec un patch anti-douleur...



Photo : "Cours à l'abri" par votre serviteur.

Été 67 en a parlé en musique, avec Les pilules.

# Posté le jeudi 02 juillet 2009 08:49

Modifié le jeudi 02 juillet 2009 09:04