Quel avenir pour l'insomnie dans un monde sans rêves ?

Quel avenir pour l'insomnie dans un monde sans rêves ?
Il est tard, la nuit est tombée depuis de nombreuses heures déjà, couvrant de son obscurité apaisante la ville qui continue à vivre doucement, au ralenti. Et pourtant, à l'instar d'un célèbre village gaulois, un petit homme, pas franchement spécial, pas plus spécial que réellement normal, cet humain somme toute classique résiste encore et toujours au sommeil. Dans la chambre sombre où il se trouve, une chaîne diffuse une chanson irlandaise dont l'auteur se plaint de n'avoir pas encore trouvé ce qu'il cherchait U2 : I still haven't found what I'm looking for. Le petit homme non plus n'a pas trouvé, lui ne sait même pas vraiment ce qu'il cherche. Peut-être cherche-t-il seulement pour le moment ce qu'il est censé chercher. Etrange quête, poursuite sans fin. Après l'Irlande, c'est la Bretagne qui se met à chanter dans la chambre, distillant une information dont la véracité serait soumise à une condition inconnue Matmatah : au conditionnel. Puis, très vite, une autre voix prend le relais. « Prends ma main », chante-t-elle Within Temptation : ?. Il aimerait bien la prendre, cette main, notre homme, mais bon, cette voix est par trop lointaine, presque irréelle. Et en fait ce n'est pas cette main-là qu'il aimerait prendre. Mais plutôt celle qu'il a effleurée comme par mégarde quelques heures auparavant. Une main tout ce qu'il y a de plus classique, prolongée par un bras, au bout duquel se trouvait une petite brune aux yeux rieurs. Comme il aimerait revenir dans le temps, non pas pour bénir qui que se soit Nightwish : Bless the child, comme semble lui demander une autre voix angélique qui a entre-temps remplacée la première, mais pour pouvoir à nouveau frôler cette main, à nouveau regarder ces yeux, tout en s'entendant énoncer des plaisanteries faciles dans l'espoir d'y provoquer à nouveau cette étincelle, cet éclat fugitif qui lui donne le frisson et lui réchauffe le sang comme il traverse son c½ur de part en part. Seul au fond de son lit, il ne lui reste plus rien que son amour naissant. Mais pas de regrets Metallica : No remorse, sinon pour toutes ces année perdues Iron Maiden : Wasted years. Mais il est à présent inutile de perdre son temps à tenter de les retrouver. Il s'agit d'apprendre, de comprendre comment profiter de ces instants bénis qui se préparent, qui sont en germe dans cette nuit d'insomnie. Profiter de ce miracle Queen : The miracle que tout le monde espère sans oser l'attendre, et qui ce soir est arrivé pour lui, rien que pour lui, sans prévenir, sans crier gare. Oh certes, il savait bien que son heure viendrait, mais il ne l'attendait pas si tôt, pas dans ces circonstances si peu exceptionnelles. Enfin, peu importe comment ou pourquoi, il s'agit à présent de jouer le jeu Queen : Play the game, de s'y prêter de bonne grâce.
Et tandis qu'il s'endort enfin, le c½ur plein de cette envie d'aimer, la ville, elle, se prépare à accueillir le jour.

# Posté le lundi 30 octobre 2006 11:12

Modifié le mardi 26 août 2008 14:18

Quel avenir pour la construction européenne face à l'hégémonie de la connerie ?

Quel avenir pour la construction européenne face à l'hégémonie de la connerie ?
« La politesse est mère de toute les vertus », a l'habitude, un rien énervante à la longue, de déclamer ma grand-mère. Je n'ose pas le dire devant elle, parce que bon, je risquerais de perdre ma (petite) part d'héritage, mais j'aurais pour ma part envie de dire que la politesse est également mère d'un vice, ce qui au passage contredit une autre phrase récurrente de ma grand-mère : « oisiveté est mère de tous les vices ». En effet, autant je peux concevoir que l'identité du père des vices varie d'un cas à l'autre (ce qui prouverait que l'oisiveté est sacrément dévergondée, et pas si oisive que ça, paradoxalement...), mais expliquez-moi comment un même vice pourrait avoir deux mères... Enfin, passons, là n'est pas la question, et d'ailleurs, il n'y a aucune question ici puisque je suis justement en train d'affirmer quelque chose. En effet, je dis, moi, que la politesse engendre souvent l'hypocrisie, ou en tout cas qu'une politesse mal placée se transforme rapidement en hypocrisie.

Où est la frontière entre politesse est hypocrisie ? Sommes-nous obligés de la franchir parfois, comme certaines des personnes à qui j'ai posé cette grande question me l'ont suggéré ?

Tout d'abord, laissez-moi vous narrer deux anecdotes, strictement authentiques, qui m'ont amené à m'interroger. La première prend place dans un hôtel-restaurant-bar où je travaillai quelques semaines pour renflouer un peu mon compte en banque, et également pour y pratiquer la langue locale (c'était à l'étranger). La fréquentation n'était pas extraordinaire, et nous n'avions cette semaine-là qu'un seul client, un vieux quelque peu agaçant à force de manies et d'exigences futiles. Mes deux camarades et moi tachions d'être fidèles au leitmotiv de l'hôtellerie : « le client est roi ». Celui-là en l'occurrence avait des velléités de monarque absolu. Enfin, le respect dû à une personne âgée s'ajoutant à celui dû au client, nous faisions notre possible pour le satisfaire en toute circonstance, mais il arrivait parfois que, de retour en cuisine, l'un de nous lâche un grand soupir exaspéré, avant de retourner lui servir a viande qu'il nous avait par trois fois demandé de cuire un peu plus parce que « saignant, en fait non, à point ce sera mieux... ». La semaine passe lentement, et arriva enfin à son terme. Le vieux monsieur prépara ses bagages et descendit régler la note et nous faire ses adieux. Ceux-ci furent déchirants : mes deux compagnes entreprirent de le conjurer de revenir tout en lui assurant qu'il leur manquerait beaucoup et que cette semaine resterait parmi les plus belles de leur vie, et je n'exagère qu'à peine. Connaissant la profonde antipathie qu'elles avaient pour lui, cela me parut légèrement déplacé, et je me contentai de le saluer d'un hochement de tête discret et d'un « hasta luego » guère convaincant.

Ma deuxième anecdote à pour cadre ma belle ville. Il y a de ça quelques temps, à une heure tardive de la nuit, je raccompagnai chez elle une amie, afin de lui épargner d'éventuelles mauvaises rencontres, qui étaient à cette époque toujours possibles, Sarkozy n'étant pas encore ministre de l'Intérieur, c'est vous dire si se promener la nuit pouvait être risqué. Devisant gaiement, nous arrivâmes à sa porte. Je m'apprêtais à lui souhaiter une bonne nuit quand un individu de type alcoolisé nous tomba presque littéralement dessus. « Oh là braves gens, ne savez-vous point où je pourrais trouver un After dans cette foutue ville ? », articula-t-il péniblement. Après lui avoir fait remarquer que ce n'était point là langage à tenir en présence d'une jeune fille, je lui répondis par la négative et le pris par les épaules afin de l'emmener faire du bruit plus loin pour qu'il ne trouble point le sommeil de ma chère amie. A ce moment précis, celle-ci eût l'idée géniale de faire l'after chez elle, à trois. Quelque peu dubitatif quand à l'idée d'inviter un inconnu chez soi à cette heure là dans le but de lui faire ingurgiter encore un peu plus d'alcool, j'acceptai cependant, plus pour ne pas laisser ce jeune homme seul avec elle que par réelle envie de partager avec lui un dernier verre. L'After dura jusqu'au petit matin. Pour ma part, je le passai à somnoler à moitié sur mon siège en faisant semblant de prêter attention à la conversation menée par les deux autres, conversation qui semblait passionnante. Enfin, notre hôte devant prendre un train, le jeune inconnu nous fit ses adieux et s'en alla attendre l'ouverture des bars. Sur le chemin de la gare, j'avouai avoir somnolé pendant la nuit et demandai quel avait été le sujet de la conversation. La réponse me surprit : « pas grand-chose d'intéressant, ce type était totalement vaniteux, et réellement ennuyeux ». Je n'osai alors faire remarquer qu'il lui aurait suffit de dire qu'elle allait se coucher pour se débarrasser de l'inconnu. Mais quand, au moment de monter dans son train, elle me remercia de l'avoir raccompagnée, et m'assura que j'étais pour beaucoup dans le succès de la soirée de la veille, j'avoue avoir eut un peu de mal à la croire.

Ainsi, il arrive que, par un excès de politesse, on en arrive à tomber dans l'hypocrisie la plus noire sans même s'en rendre compte. Cela ne serait pas trop grave si ça ne risquait pas de faire douter les autres des sentiments qu'on a pour eux. Prenons-y garde, ne péchons pas par excès de zèle, mieux vaut laisser entendre à ceux qu'on n'aime pas qu'on ne les aime pas que de faire douter ceux qu'on aime.

# Posté le lundi 27 novembre 2006 13:01

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:26

Quel avenir pour les chaînes à la con dans un contexte économique inadapté ?

Quel avenir pour les chaînes à la con dans un contexte économique inadapté ?
Chers tous (et les autres aussi...)

Si je vous écrit ce message, ce n'est pas pour vous parler d'une guerre atroce dans un pays lointain dans l'espoir de déclencher un mouvement mondial de prise de conscience du fait que la guerre, c'est moche, on ne le dira jamais assez ; pas non plus pour vous appeler à l'aide au nom d'un petit enfant malade qui voudrait recevoir plein de messages avant de mourir très bientôt d'une maladie quasi-inconnue ; encore moins pour vous annoncer que MSN va devoir fermer à cause d'une pénurie assez incroyable de pseudo à affecter aux nouveaux arrivants (on croit rêver) ; je ne vous promettrai pas non plus de gagner à coup sûr peut-être environ exactement 10 ¤uros à conditions de payer 500 ¤uros à la fondation Bill Gates ; et enfin, je ne fais pas de pub pour le Viagra. Non, si je prends la peine de vous écrire aujourd'hui, c'est pour vous parler de moi.
En effet, j'ai récemment compris quel était le sens de ma vie, et même de notre vie à tous et à chacun. Lisez donc ce message attentivement, je pense qu'il pourra vous éclairer et vous apporter beaucoup.

Ce matin lorsque je me suis levé, mon réveil indiquait une heure si tardive que je n'ose pas vous l'avouer. Mais il était tard, beaucoup trop tard. Je me levai donc en vitesse pour prendre une douche. C'est alors que je réalisai soudain que j'avais perdu ma matinée, c'est-à-dire que plusieurs heures de ma vie avaient été gaspillées bêtement, perdues à tout jamais. En imaginant tout ce que j'aurais pu faire de ma matinée, je pris conscience de l'extrême valeur du temps. Sans aller jusqu'à dire que « le temps c'est de l'argent », ce qui n'est que peu intéressant quand on sait que « l'argent ne fait pas le bonheur », on peut quand même dire que le temps vaut énormément, même s'il est vrai que « la valeur n'attend point le nombre des années », en tout cas pour les âmes bien nées. Ce que je voudrais que vous sachiez, c'est que le temps qui passe est précieux, et qu'il ne faut pas le gâcher, sous peine de le regretter amèrement sur son lit de mort, voire avant.
C'est pourquoi vous allez maintenant faire un souhait...

Cela étant fait, vous allez dès maintenant cesser de perdre votre temps en lisant ce message inepte, et aller travailler à ce que votre souhait se réalise, c'est encore ce qui marche le mieux. Ne faîtes donc pas suivre cette chaîne, ce serait une perte de temps de plus dans votre journée qui, ne le niez pas, en a déjà compté assez comme ça.
Et ne faites plus jamais suivre la moindre chaîne débile de ce genre, et vous verrez : vous gagnerez du temps et en ferez gagner aux autres...

# Posté le dimanche 03 décembre 2006 11:21

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:26

Quel présent pour l'avenir dans un monde sans passé ?

Chers amis skyblogueurs


Comme certains l'auront compris, je suis un farouche ennemi de l'hypocrisie qui règne dans notre société actuelle dans laquelle il n'est plus possible que notre oui soit oui et que notre non soit non, comme le demandait un certains Jésus-Christ il y a de ça quelques siècles, et où nous sommes aujourd'hui obligés d'appuyer sans cesse nos dires par de multiples « je t'assure que... », « j'te jure c'est vrai » ou autres « sur la vie du Coran de ma mère » (pour ceux qui n'ont pas tout compris...). Je cultive donc, en réaction contre cette plaie, une franchise que certains trouvent étonnante, et qui me joue parfois quelques tours.

Ainsi l'autre jour : j'étais en mission pour un groupe de mes amis qui recherchait un endroit quelconque (pas trop quelconque, si possible) pour exposer leur art à la foule esbaudite et attentive. Au cours de mes recherches, je passai par un bar qu'on m'avait indiqué, et qui, m'avait-on dit, se ferait une joie d'accueillir un tel événement. J'allai donc voir le patron dudit bar et lui exposai ma requête, tout en précisant que, étant donnée la petite taille de son sympathique troquet, je continuerais mes recherches quelques jours encore avant de lui donner une réponse définitive. Ainsi fut dit, ainsi fut fait, je revins le surlendemain pour lui annoncer que mes recherches s'étaient trouvées être fructueuses, et que par conséquent nous n'occuperions pas son bar le jour prévu. Conscient de ce que ce désistement pouvait avoir de peu régulier (encore que rien n'eut été officialisé, ce qui fait que ce n'était pas vraiment un désistement), je lui proposai un autre événement, de moindre importance certes, mais qui aurait pu être aussi intéressant pour lui, et moins compliqué à organiser. Il refusa. J'appris plus tard que ce sympathique jeune homme avait pris ombrage de ma demande d'un délai entre le jour de ma demande et ma réponse officielle, l'ayant pris pour une marque de mépris de ma part.

Ainsi, cette franchise qui m'avait poussé à lui dire que je pousserais un peu plus loin mes recherches m'avait elle amené à vexer un commerçant et à le pousser à rejeter d'autres propositions par la suite, ce qui lui fut d'ailleurs plus préjudiciable qu'à moi.


Si, comme moi, vous aimez la franchise, mais que vous avez peur d'en pâtir, n'hésitez plus, tout en gardant en tête cette fameuse maxime : « Sans la liberté d'être franc, il n'est point d'éloge maçonnique ».

Merci à vous et bon courage.

# Posté le lundi 18 décembre 2006 09:52

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:27

Quel avenir pour les princesses de dessin animé dans cette nouvelle année que je ne vous souhaiterai pas bonne parce que j'ai autre chose à faire ?

Quel avenir pour les princesses de dessin animé dans cette nouvelle année que je ne vous souhaiterai pas bonne parce que j'ai autre chose à faire ?
J'étais plongé dans ce bouquin depuis pas mal de temps, je ne saurais dire combien précisément, quand on m'interrompit. C'était lors d'un voyage en train ; je rentrais chez moi après avoir passé le réveillon chez un ami. Par les fenêtres striées de gouttes de pluie, le paysage, fatigué, coulait lentement, courbant parfois le dos sous les rafales rageuses du vent, à d'autres moments plus plat et vide que le monologue sans fin d'un commentateur de foot sur TF1. J'avais peu dormi la nuit précédente, car nous avions dansé sur la tombe encore fraîche de l'année écoulée jusqu'à tard dans la nuit, comme il serait malvenu de ne pas le faire. L'impossibilité de dormir à côté de mes compagnons de voyage et la morosité de ce matin de premier janvier m'avaient poussé assez logiquement
à me perdre avec fougue dans la lecture de ce bouquin dont je vous parlais il y a quelques lignes déjà. La personne qui m'interrompait dans ma lecture, je ne le sus qu'au moment où je levai à contrecoeur les yeux vers elle, était cet ami chez qui j'avais passé la soirée la veille. Il venait enfin de détacher les yeux de sa voisine, dont il était d'ailleurs, à ce moment-là et comme d'habitude, drôlement proche... Ils avaient enfin cessé leur discussion, à laquelle je dois d'avoir pu écrire plus haut que je me trouvais dans l'impossibilité de dormir, avaient trouvé étonnant mon mutisme et se demandaient à présent quel était ce livre qui me captivait tant. Ils avaient donc regardé la première de couverture afin de savoir de quoi il s'agissait. Et c'est d'un air ahuri qu'ils me dévisageaient maintenant en répétant, incrédules : « tu lis un Traité de la ponctuation française ?! ».

Eh bien oui, j'étais en train de lire le Traité de la ponctuation française de Jacques Drillon. C'est ce que je répondit à cet effarement, lequel me parut d'ailleurs bien incompréhensible de la part de mes camarades : autant je conçois que l'idée de lire un Traité de la ponctuation française puisse paraître folle à une grande frange de la population, celle qui a oublié depuis longtemps déjà qu'une phrase digne de ce nom (pour ceux qui savent encore ce qu'est une phrase) se doit de commencer par une majuscule et de terminer pas un point, ce qu'on devrait apprendre au CP dans un pays normal, autant je trouvais décevant que des étudiants sortant de deux années de Lettres trouvent étonnant qu'on puisse lire un ouvrage traitant du rôle exact de la virgule ou du bon usage des guillemets anglais. Je leur répondis donc, superbe et plein d'orgueil : « eh oui ! ça vous la sculpte, hein, bande de moules ?! », tout plein de mépris conquérant et de poésie raffinée, comme je sais si bien le faire (n'est-ce pas ?). Puis je me replongeai dans ma lecture, laissant là mes deux amoureux.

Ce fut l'auteur lui-même qui se chargea de les excuser. Il pose en effet dans sa conclusion la question que se posaient, semble-t-il, mes interlocuteurs effarés : « pourquoi discuter la légitimité d'un point-virgule, ou l'emplacement d'un guillemet fermant », demande-t-il après avoir constaté que « la vie sociale tout entière [...] est conditionnée par des exigences de plurilinguisme ». Et la réponse tombe, simple, claire, directe : « Je ne sais pas ». Et pourtant, cet homme, Jacques Drillon, a consacré un livre de 400 pages à cette tâche qu'il reconnaît lui-même être quelque peu « dérisoire ». La vraie réponse à la question de l'utilité d'un tel ouvrage, Drillon la propose quelques lignes plus loin : la seule raison de passer du temps à disserter de la bonne façon d'user de la ponctuation est l'amour de la langue, l'amour de cette complexité qui fait la richesse et la supériorité de la langue française. On ne peut aimer vraiment que ce qu'on connaît parfaitement, et on ne veut connaître réellement que ce qu'on aime. En discutant de l'opportunité de mettre une virgule avant une incidente déterminative, Drillon rend à la ponctuation la noblesse qu'elle a perdue depuis que la SNCF ose appliquer des autocollants « cette porte, donne sur la voie » ou qu'on peut lire à l'entrée de certaines villes de France : « le maire, monsieur Dupont et le conseil municipal vous souhaitent une bonne année » (si ces deux phrases vous paraissent tout à fait correctes, c'est que vous faites parti de ces gens qui ne savent plus utiliser la virgule : faites quelque chose...). Par sa volonté de comprendre et de faire comprendre cette beauté, Drillon apporte un peu de baume au c½ur de cette langue si souvent maltraitée, et ce jusque dans les slogans de nos politiciens qui osent clamer fièrement qu'il faut voter pour eux si on veut que « les choses changent fort » tout en se lamentant sur l'analphabétisation galopante chez les jeunes français.

Malheureusement, ils sont bien rares ceux qui osent relever l'étendard ensanglanté du bon français : si seulement ils étaient cent à oser comme Jacques Drillon se lever face à l'anglicisme ambiant, le français aurait encore de nombreux siècles à vivre. Ah ! si seulement nous avions cent Drillon !



Jacques Drillon, Traité de la ponctuation française, Gallimard, 2005.

# Posté le dimanche 14 janvier 2007 10:24

Modifié le mardi 26 août 2008 14:17