Quel avenir, non mais vraiment, je vous le demande, quel avenir ???

Quel avenir, non mais vraiment, je vous le demande, quel avenir ???
Chers amis skyblogueurs.

Il y a quelques jours, un journaliste d'un grand journal national – dont je tairai le nom par pure discrétion – m'est venu voir alors que je déambulais dans la rue en quête de quelque chose à vous raconter. Cet homme donc m'aborda et me dit en substance qu'il m'avait reconnu, qu'il savait parler au surnommé Fikmonskov et qu'il serait enchanté de pouvoir proposer à ses lecteurs une interview de mon humble personne. Un peu surpris d'être ainsi reconnu dans la rue, et dérangé dans ma modestie par la demande de cet homme, je tergiversai. En vain : mon interlocuteur me mena à un café et m'offrit de m'asseoir à une table en compagnie d'une petite pinte. Etant ainsi pris par les sentiments, je lui donnai donc l'interview qu'il désirait. L'article parut dans le numéro suivant dudit journal. Je vous le transmets, en toute objectivité et modestie, cela va sans dire.

"
- Le M... : Fikmonskov...
- Fikmonskov : MONSIEUR Fikmonskov, s'il vous plait.
- Monsieur Fikmonskov, pardon. Alors que vous n'avez commencé à publier vos écrits que depuis quelques mois, vous êtes déjà considéré comme un des auteurs français les plus fondamentaux du siècle. C'est impressionnant.
- N'est-ce pas ?
- En revanche, si tout le monde est d'accord pour vous encenser, les raisons diffèrent selon les personnes. Pour certains, c'est votre style flamboyant, votre maîtrise parfaite de la langue, votre contrôle total des multiples subtilités de notre grammaire et l'éclatante perfection du choix de votre vocabulaire qui sont à souligner. Pour d'autres, c'est l'½il acéré que vous posez sur les événements, l'importance que vous savez donner à des détails à première vue peu fondamentaux et l'esprit critique que vous avez qu'il s'agit de donner en exemples. Certains enfin placent votre humour, fin, distingué et subtilement dosé, au sommet de votre génie. Que pensez-vous de ces points de vue ?
- Je pense que les premiers ont raison, ainsi que les seconds et les troisièmes, sans oublier les quatrièmes, qui admirent ma modestie.
- En effet, votre modestie devient légendaire. On m'a même rapporté que les salons parisiens résonnaient depuis peu de l'expression « aussi modeste qu'un Fikmonskov ».
- Non, l'expression exacte est « PRESQUE aussi modeste qu'un Fikmonskov ». C'est une expression que j'ai lancée lors de mon dernier passage dans la capitale.
- Mais il me semble que le portrait que j'ai dressé de vous ne serait pas complet si j'oubliais de mentionner que vous êtes, dans la vie de tous les jours, un type formidable...
- Oh, vous savez, j'ai des défauts, comme tout le monde.
- Non !?
- Si...
- C'est à peine croyable !
- Je sais, moi-même j'ai du mal à y croire. Mais il est important, je pense, que mes nombreux admirateurs sachent que je ne suis après tout qu'un homme. En fait, je sens des pieds ; c'est à vrai dire le seul défaut que j'ai.
- En effet, vous êtes beau, humble, grand, fort, modeste, intelligent (ici, je coupe, la liste faisait une dizaine de lignes, c'est très gênant...), et surtout, ne l'oublions pas, modeste.
- Oui, modeste, c'est très vrai. Je dirais que la modestie est ce qui me qualifie le mieux. Peu de gens sont parvenus au degré de modestie que j'ai moi-même atteint ; c'est très rare, une modestie comme la mienne...
- Monsieur Fikmonskov, nous arrivons à la fin de votre pinte, en voulez-vous une deuxième ?
- Non, merci, jamais entre les repas.
- Merci beaucoup, monsieur Fikmonskov, voulez-vous rajouter quelque chose ?
- Non, ça ira. Par contre, si vous voulez me cirer les pompes ou me lécher les pieds, vous pouvez y aller.
- C'est trop d'honneur...
- Je vous en prie, tout le plaisir est pour vous."

Une fois l'individu reparti, je repris ma déambulation, un peu étonné qu'on puisse me porter un tel intérêt. Puis j'oubliai cet événement assez peu important, il faut le dire. Enfin, de toute façon, et comme le disait si bien Elephant-Man, « l'important dans tous ces métiers publics, c'est de ne pas prendre la grosse tête ».

# Posté le jeudi 15 février 2007 15:40

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:27

Quel avenir pour ceux qui se couchent tard ?

Quel avenir pour ceux qui se couchent tard ?
A l'instar du renard qui ne sort de son terrier que lorsque la lune inonde d'une lueur froide et figée les branches tordues des forêts mortes pour surprendre dans son sommeil quelque malheureux rongeur qui passera de vie à trépas sans même pouvoir s'en rendre compte, humble maillon de la chaîne alimentaire, modeste engrenage dans la grande machinerie de la vie, à l'instar de la chouette dont le hululement triste pousse la belette et la marte à reculer un peu plus encore au fond de leur trou en attendant en tremblant l'aube salvatrice, à l'instar également du pharmacien de garde qui attend le jour en feuilletant un quelconque bouquin ou en refaisant l'inventaire de son magasin pour la septième fois de la journée, je suis un animal nocturne. C'est-à-dire que je ne commence à vivre vraiment qu'à l'heure où le lycéen lambda, l'ouvrier moyen et le cadre banal sombrent dans un sommeil plus ou moins mérité. C'est quand la nuit noie la ville dans le calme et le silence que je sors de chez moi, poussé par une force irrésistible qui me mène par les rues désertes, les places abandonnées et les parcs municipaux fermés au public. La douceur de la lumière tombant des étoiles, le murmure lointain du vent, le glissement soyeux d'une chauve-souris dans la nuit tiède et la rotondité de la pleine lune, tout me pousse alors au dialogue amoureux, aux confessions intimes et aux secrets troublants. Et la ville, silencieusement, me répond, et moi seul le sais, et je suis heureux.

Mais il arrive parfois que cette quiétude soit troublée par une race importune et qui partout foisonne, surtout en cette époque de campagne électorale : celle des colleurs d'affiches de tous poils, qui viennent, avec des gestes fébriles et des chuchotements de voleurs, souiller les murs de portraits retouchés et de slogans pataugeant allègrement dans la médiocrité ambiante, avant de s'en aller, leur forfait accompli, vers d'autres murs vierges à salir. Avant même que le crachotement tuberculeux de la camionnette des premiers ne se soit éteint dans le noir, une deuxième vague de barbouilleurs arrive. Avec les mêmes murmures étouffés et les mêmes mouvements maladroits, ces courageux démocrates arrachent alors les affiches d'un connard de droite collées deux minutes auparavant pour les remplacer par celles d'un abruti de gauche, fiers d'exercer leur liberté d'expression et heureux - ou peut-être n'en sont-ils pas vraiment conscient, qui sait ? - de bafouer celle des autres. Ils repartiront quelques instants plus tard sans se douter que leurs affiches iront rejoindre celles qu'ils ont eux-mêmes arrachées lorsqu'une troisième vague les remplacera par celles d'un demeuré anarchiste ou d'un débile écolo... « La liberté d'expression appartient à ceux qui se couchent le plus tard », pourrait en conclure le moraliste s'il n'avait pas pris l'habitude de se lever tôt dans l'espoir de posséder un jour l'avenir au risque de laisser passer le présent, se couchant par conséquent trop tôt pour assister à ce ballet absurde et quotidien.

Puis le calme revient lentement, le vent reprend sa chanson sous l'½il complice des étoiles. Je m'allonge alors dans l'herbe humide de la rosée du soir et ferme les yeux pour profiter du murmure de la vie. Lorsque le froid finit par m'envahir, je me relève et reprends le chemin de ma chambre, où, en paix avec le monde et avec moi-même, je m'endors doucement en regardant l'aube se lever derrière mes rideaux...

# Posté le samedi 17 mars 2007 10:58

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:28

Quel avenir pour la liberté de penser le contraire ?

Quel avenir pour la liberté de penser le contraire ?
D'innombrables mouches peuvent en témoigner, je suis ce qu'il convient d'appeler un pacifiste, refusant toute forme de violence et en méprisant les auteurs, convaincu de ce que la violence est la force des faibles. Et pourtant... J'ai été pris tout à l'heure d'un accès de rage frénétique et incontrôlable, j'ai senti mon sang bouillonner en moi, réveillant l'instinct de tueur qui sommeil au fond de chaque homme. J'ai eu des envies de meurtre, je l'avoue. C'est arrivé au moment où, émergeant d'un sommeil paisible, je sortais de ma chambre vers ma cuisine pour y « cuisiner » un plat de pâtes. Le soleil au dehors brillait gaiement et un sourire béat déformait mon visage (je précise à l'intention de ceux qui ne m'ont jamais vu sourire béatement qu'ils ne ratent rien, le verbe « déformer » ne donnant qu'une pâle idée de ce que ça peut donner). Les oiseux chantaient, les arbres fleurissaient à vue d'½il, même les rares voitures passant sous ma fenêtre semblaient rouler sur la pointe des pneus pour ne point déranger cette paix immense qui régnait sur la ville. Tout n'était qu'incitation à la joie et à la quiétude. C'était oublier la race cent fois honnie des syndicalistes de tout poils qui, convaincus de ce que les beaux jours ne servent qu'à permettre au manifestant de base de redescendre enfin dans la rue sans craindre le froid ou la pluie, avaient choisi ce jour merveilleux pour rappeler au monde qu'ils existaient, et que j'entendais se rapprocher dangereusement de moi. En effet, j'ai la chance d'habiter en centre-ville, sur le boulevard central, ce qui est un avantage énorme quand il s'agit d'aller faire des courses ou d'aller boire un verre, mais qui devient un grave inconvénient en ces jours de manifestations. Je n'entendais pour le moment qu'une rumeur sourde et grondante d'où dépassait parfois une voix féminine déformée par une haine palpable contre je ne savais encore ni quoi ni qui. Je ne tendis point l'oreille, ne sachant que trop bien que j'allais bientôt avoir tout loisir de le découvrir, lorsque le cortège passerait sous mes fenêtres grandes ouvertes. Au contraire, je me renfermai sur moi-même, tentant de faire le vide en moi et de tendre entre la rue et mes oreilles un mur imperméable au bruit, afin de ne point entendre la raison de la manifestation, ce qui ne pourrait avoir comme conséquence que de m'exaspérer ; je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais on dirait que le motif de ces rassemblement n'est jamais un motif valable, à croire que le simple fait qu'un syndicat s'empare d'une affaire la rende aussitôt méprisable. Hélas, malgré tous mes efforts, je ne pus qu'entendre les beuglements poussés par la voix féminine susdite. Je mettrais bien des guillemets autour de « féminine », mais hélas, malgré son incroyable vulgarité que même une voix d'homme n'aurait pu supporter sans honte, cette voix était bien celle d'une femme. Voir et entendre cette femme courir en hurlant au milieu des manifestants – dont la plupart semblaient n'être là que pour profiter du soleil – m'exaspéra, et je m'entendis pester à haute voix, seul, contre la liberté de manifester, la connerie dont sait si bien faire preuve l'être humain et l'ineptie des propos éructés sous mes fenêtres. Une fois, ces propos m'arrachèrent un ricanement douloureux, lorsque la bonne femme hystérique cru bon de vomir sur la place publique et juste sous la fenêtre du chercheur d'emploi que je suis que nous étions « tous des salariés ». En revanche, je crus sauter par la fenêtre pour l'étrangler séance tenante quand je l'entendis postillonner dans son mégaphone « ralentissez, nous avons notre temps, nous ne sommes pas pressés, personne ne peut être pressé face aux licenciements !!! ». Ralentir, sous ma fenêtre !!! Si ce n'est pas pousser le bouchon un peu loin, ça...

Alors, plutôt que de risquer de finir mes jours en prison pour meurtre et non-respect de la Liberté d'expression, j'ai couru jusque dans mon lit pour me cacher la tête sous la couette, comme à la belle époque où, encore tout petit, j'ignorais l'incommensurabilité de la connerie humaine et je me construisais dans mon lit des forteresses indestructibles pour me protéger de l'orage qui, alors, ne grondait qu'au dehors...

# Posté le samedi 17 mars 2007 11:00

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:28

Quel avenir pour la nostalgie dans un monde désenchanté ?

Quel avenir pour la nostalgie dans un monde désenchanté ?
Chers amis skyblogueurs.

J'ai fait dernièrement une grave erreur qui risque bien de faire basculer ma vie. Comme on dit qu'il y a pour le monde moderne un « avant-11-septembre » et un « après-11-septembre », comme il y a pour l'OM un « avant-Bernard-Tapie » et un « après-Bernard-Tapie », comme il y a pour Metallica un « avant-Black-Album » et un « après-Black-Album », il y aura désormais pour moi un « avant-20-mars-2007 » et un « après-20-mars-2007 ». Et pourtant, ce jour-là avait commencé comme à peu près tous les autres, je m'étais levé tranquillement, il avait plut toute la nuit, le ciel bas et lourd ne pesait même pas comme un couvercle - ce qui aurait au moins eut le mérite d'inciter à la méditation poétique -, dans la rue les passants passaient, dans les magasins les vendeurs vendaient, dans les salles de cours les étudiants s'emmerdaient, tout était tout à fait normal. Tout continua à être normal jusqu'au moment où je décidai de sortir de chez moi. Ce n'est pas tant cet événement qui donne à cette journée son caractère exceptionnel, pas plus que l'endroit où je me dirigeai alors, d'un pas décidé mais pas très ferme. En effet, je me sentais ce jour-là comme un lendemain de cuite, mais sans la cuite de la veille, ce qui n'est que relativement agréable. Je me dirigeai, comme j'étais sur le point de vous le dire avant d'être interrompu par une remarque pleine de cette fadeur inimitable qu'on ne trouve en général que chez l'endive braisée, vers un grand magasin entre les murs duquel on peut trouver toutes sortes de choses, de l'aspirateur au CD en passant par le dernier (enfin, le dernier en date, puisque, apparemment, le monstre n'a pas l'intention de s'arrêter là dans son entreprise de destruction du peu qui reste de la beauté de la langue française...) bouquin de Houellebecq - mais rarement ceux de Monsieur Desproges, allez savoir pourquoi -, sans passer par les pâtes alimentaires et le shampooing, le monde est mal fait... C'est un endroit où j'aime à aller flâner, bien que je m'interdise le plus souvent d'y traîner, sachant bien que j'en ressorts toujours avec un, voire plusieurs, CDs, ce qui est bien agréable à mes oreilles, certes, mais assez peu à mon compte en banque. Je m'y rendis ce jour-là dans le but d'y faire l'acquisition d'un poste à transistor, afin de me tenir enfin au courant de ce qui se passait dans l'autre monde, celui où je ne redescend que de temps en temps, quand mon frigo est vide par exemple. J'avais pris cette décision quelques jours auparavant après avoir appris la mort du président Coty, et il m'avait semblé alors utile de me remettre un peu au courant de l'actualité.
Et depuis ce jour, en me levant, j'allume l'engin, calé sur la fréquence d'une grande chaîne nationale d'informations, afin de faire semblant de m'intéresser au reste du monde. Et qu'ouïs-je, qu'accoustique-je ? Que des mauvaises nouvelles : la guerre menace un peu partout, l'amiante coule à flot dans nos rivières et nos robinets d'eau, nos politiciens n'ont toujours pas appris à parler français, le climat se réchauffe (sauf dans ma chambre, apparemment...), l'ours blanc agonise, Ruquier est toujours con, les américains n'arrivent pas à se désembourber de Bagdad, il pleuvra demain, l'Europe, du haut de ses 50 ans, n'en fini pas de ne servir à rien, Chirac est encore président pour quelques semaines, mon tas de linge sale augmente de jour en jour, les employés du port autonome de Marseille font grève comme tous les ans, des jeunes se prennent des trains dans la figure en bagnole, la situation entre je ne sais plus qui et un autre se tend de jour en jour, et pour finir une page de sport avec du foot...

C'est positivement désespérant, encore qu'apposer « positivement » à « désespérant » puisse paraître incongrue, au moins à ceux qui se préoccupent encore du sens des mots, nous devons être une dizaine en France à ce jour. Est-il Dieu possible de vouloir continuer à vivre quand on n'entend du monde que cette litanie incessante de désastres ? Personnellement, je ne suis pas sûr. C'est pourquoi je pense que je vais mettre fin à mes jours au moyen d'une écoute intensive de la musique d'Enya, c'est tout aussi radical, et bien moins douloureux, qu'assister à un concert de Kyo sans boules Quiès.

Veuillez agréer, chers lecteurs, l'expression de mon plus profond regret de vous priver, par ma disparition, de l'immense plaisir de me lire.

# Posté le vendredi 06 avril 2007 03:50

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:28

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Eh oui, que voulez-vous, il faut bien vivre...
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# Posté le vendredi 06 avril 2007 03:51

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:28