Quel avenir pour les proverbes idiots ?

La langue française est à l'origine de bien des perles, dont beaucoup trop sont méconnues, et c'est bien dommage. C'est pourquoi j'ai décidé de vous faire découvrir de temps à autre quelques-unes de ces perles cachées.

Aujourd'hui, je vous exhume des caves du temps et de l'oubli une fable magnifique que le fabuleux fabuliste – qu'il n'est plus besoin de nommer – nous léguât. Ce texte, tout empreint de tendresse surannée, je vous l'offre sans commentaire aucun, car le génie parle de lui-même...


L'ardoise et l'acrylique

A Monsieur... aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa


J'avais un camarade, il était ardoisier.
Il était un des rares dans notre région
Où ils étaient encore, il y a peu, légions
A pratiquer ce beau et passionnant métier.
Toute la journée il taillait
Il découpait, il arasait
(Son entrain était beau à voir)
Et cela jusqu'au soir.

Alors en sa demeure, une simple chaumière
Il se servait, bien frais, un bon demi de bière
Et s'asseyait
Devant son chevalet.
Il peignait une toile, car il aimait peindre,
C'était son passe-temps, c'était son violon d'Ingres.


Un jour il eut l'idée de combiner ensemble
Son métier et son loisir,
Sa tâche et son plaisir
« Ce serait, il me semble
Une bien belle chose
Si je réussissais le premier je le crois
A peindre à l'acrylique, sur une ardoise
Alors sans faire de pause,
Sans s'arrêter, ma foi,
Que pour prier parfois à son bon Saint Ambroise
(Qui est, chacun le sait, patron des ardoisiers)
Et pour se jeter dedans le gosier
Une gorgée de blonde... zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee Hélas, trois fois hélas
A mesure que le temps passe
Apparaît une fissure...

Car en effet, peindre en soi n'est pas dur
Mais sur l'ardoise, c'est impossible :
L'acrylique est aisée, mais l'ardoise est fissible...

# Posté le lundi 27 août 2007 15:49

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:30

Quel avenir pour la noblesse de c½ur face à la baisse inquiétante du nombre d'admirateurs du Cid Campeador dans les classes populaires ?

Quel avenir pour la noblesse de c½ur face à la baisse inquiétante du nombre d’admirateurs du Cid Campeador dans les classes populaires ?
Le moment me semble venu d'enfin mettre certaines choses au clair. En effet, j'entends souvent des personnes de mon entourage plus ou moins proche m'accuser en ces termes : « oui, on aime bien ce que tu écris, mais bon, on trouve quand même que parfois bon, sans vouloir dire que non plus, mais un peu, enfin voilà, tu serais pas un peu orgueilleux ? », disent-ils, les cuistres (pardon, maman...). A leur décharge, je dois dire, pour ceux qui n'ont pas eu le courage de lire tous ces articles, que j'aime à exposer aux yeux de la foule esbaudie, en même temps que mon mépris pour le football, les imbéciles et les politiciens, une certaine fierté conquérante. Ce qui fait dire à certains, ceux qui me connaissent encore moins bien que mon entourage proche, que je me prends pour le centre du monde. Je n'irai pas jusque là. Mais il ne me coûte absolument pas de dire qu'en revanche mes proches ont tout à fait raison : à l'instar de (ce qui veut dire « comme », mais j'aime bien quand les gens du peuple ne comprennent pas ce que je dis) Noé, je suis persuadé de n'être pas né de la dernière pluie. Et là, je pose gratuitement la question à deux euros, ne me remerciez pas, ça me fait plaisir : qu'est-ce qui pourrait pousser n'importe quel abruti banal se sachant tel à exposer au monde entier ses écrits ?

Pour les plus endormis d'entre vous, la réponse est « rien », accompagné d'une moue dégoûtée parce que c'est vrai honnêtement que bon...


Je connais personnellement un génie. Quand je dis « génie », c'est que je pense « génie », vous savez mon attachement maladif au sens des mots. Un homme qui a réussi à rendre intelligible à 40 personnes une matière que certains nomment, dans le noir et à voix basse pour ne point risquer de finir sous forme de pendules se balançant lentement au vent du soir sous l'effet de la juste vindicte populaire, « linguistique », j'appelle ça un authentique génie. Cet homme là, donc, glissa un jour, entre une explication limpide d'un concept pour le moins fumeux et un éloge de La Femme, une petite phrase qui disparut dans l'air plus rapidement que la fumée d'une cigarette au beau milieu d'un ouragan, que presque personne ne notifia, et qui était pourtant un aveux bouleversant. En parlant de Corneille (je précise à l'attention des incultes qui traîneraient par hasard dans l'auditoire que Corneille est d'abord le nom d'un dramaturge, avant d'être celui d'un chanteur à la mode), cet homme, pour qui mon admiration n'est plus un secret maintenant que pour quelques demeurés profonds qui auraient par miracle réussit à me lire jusqu'ici, énonça la triste vérité suivante, que je cite maintenant avec révérence, ouvrez les guillemets, doucement, c'est fragile, des guillemets de génie : « C'est à cause de cet homme-là que je n'écris pas... », fermez les guillemets et vos gueules par la même occasion, j'ai pas fini. Ainsi cet homme (vous ai-je seulement dit que c'est un génie ?) n'a-t-il jamais oser écrire parce qu'avant lui un nommé Corneille avait eu l'aplomb de le faire. Certains appellent ça de l'humilité, je persiste quant à moi à trouver ça excessivement regrettable, pour lui, mais surtout pour nous.

Mais malgré tout je ne peux m'empêcher de comprendre cette attitude : de la même façon qu'il peut sembler, après avoir vu du Van Gogh ou du Manet, inutile de peindre encore ; de même qu'il peut sembler étrange d'oser s'atteler à la composition de quoi que se soit qui ressemble à de la musique après avoir écouté Wagner, Muse ou Children of Bodom ; de la même façon peut-il paraître un rien vain de vouloir apporter quelque chose de nouveau à la littérature après avoir lu Houellebecq (non, c'est un mauvais exemple), Corneille ou Giono. Et c'est là tout le paradoxe de l'artiste, j'en parlais pas plus tard qu'il y a quelques jours avec le père d'une amie, lui-même musicien (cette petite précision ne sert qu'à vous faire croire que j'ai régulièrement des discussions philosophiques) : soit l'artiste connais ses glorieux prédécesseurs, et ne peut alors que se reconnaître insignifiant par rapport à eux. Et se taire, museler son art. Ou bien il considère que son art est suffisamment élevé pour affiner encore ce que des siècles de génie ont patiemment construit avant nous. Chaque artiste se situe d'un côté ou de l'autre de cette barrière, il n'y a aucune alternative. Alors je le dis et le re-dis : oui, je suis orgueilleux, je suis fier de ce que j'écris, sinon je le jetterais aussitôt (et ça arrive bien plus fréquemment que vous le croyez). Peut-être le suis-je excessivement. Certains continueront à le croire, cela m'importe aussi peu que le résultat du match OM/PSG de la semaine dernière.

Quant à moi, je préfère croire cette phrase que j'ai eu l'immense bonheur de lire récemment sous la plume d'une fidèle lectrice et amie : « c'est parce que tu es humble que tu dis ça ! ». Croyez qui vous voulez...

# Posté le vendredi 07 septembre 2007 03:38

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:30

Quel avenir pour le Tour de France face à l'intensification de la lutte contre le dopage ?

Quel avenir pour le Tour de France face à l’intensification de la lutte contre le dopage ?
La politique nous fait parfois dire et faire des choses ridicules. Sans même parler des pitoyables barbarismes de certaine candidate aux dernières présidentielles, je ne frappe jamais un homme à terre, et encore moins une femme. Pierre Desproges, à la belle époque de sa vie où il n'était pas encore mort, a déjà démontré la stupidité du désormais obligatoire « Français, Françaises », que tous nos politiciens sans aucune exception nous lancent à la figure au début de leurs discours. Monsieur Desproges avait ainsi l'habitude de lancer un joyeux « Belges, Belges » au début de ses propres discours, pour fustiger cette habitude qui viole une des lois les plus élémentaires du français selon laquelle on désigne au masculin toute assemblé hétérosexuelle, quelle que soit la proportion d'homme et de femmes. Personnellement, cette règle m'a parue étrange en maternelle, niveau 1, puis complètement normale dès le niveau 2. Je ne voudrais point insinuer par là que nos hommes politiques (tenez, quand je dis « hommes politiques », j'inclus automatiquement les femmes dans le lot, même un membre du réseau Voltaire n'oserait pas pousser la mauvaise foi jusqu'à me contredire sur ce point) ont un niveau de langage équivalent à celui d'un gamin de quatre ans, alors que bon, ce serait tentant. Mais puisqu'on a donné le droit de vote aux femmes, il faut maintenant les intéresser à la politique, et donc faire semblant qu'on s'intéresse à elles. D'où le « Françaises »... Et cette malheureuse habitude s'étend jusque sur les bulletins de votes, qu'on retrouve parsemés de parenthèses malheureuses et disgracieuses, j'en prends un au hasard :

Français(es), chèr(e)s concitoyen(ne)s, mes ami(e)s...

Ce WE, vous serez appelé(e)s à voter pour un(e) candidat(e) à l'élection présidentielle. Le meilleur choix, c'est moi. En effet, grâce à moi, les travailleurs(ses) n'auront plus à payer d'impôts, tandis que les rich(e)s (oups, pardon...), au nom de l'égalité, devront nourrir le reste de la population parce que c'est pas normal, quoi...

C'est ce qui s'appelle pousser la démagogie au-delà du raisonnable.


Mais évitons de sombrer dans les abysses d'une démonstration politico-minable. Laissez-moi plutôt vous narrer une anecdote à caractère drolatique dont je fut il y a peu le témoin : c'était au cours d'une conversation de bistro avec des amis. Plutôt que de refaire le monde, nous avions tacitement décidé de nous égarer dans les méandres sournois du débat politique. Par association de loi 1901, pardon, par association d'idées, l'un de nous en arriva à parler du Tour de France, dont le départ a eu lieu cette année à Londres. La théorie selon laquelle ce choix était quelque peu absurde commença vite à se développer autour de notre table : « comment peut-on encore appeler Tour de France un événement qui part de l'Angleterre et passe en Belgique mais pas à Bayonne ni à Brest ? ». La question fut posée, et la réponse fut donnée : « y faut être un peu con... ». Et c'est alors qu'un de mes amis de gauche – car j'ai des amis de gauche –, d'ordinaire prompt à manifester pour l'ouverture des frontières au nom de la grande fraternité universelle, alors même qu'il a fait installer un deuxième verrou à la porte de sa maison, s'éclairci la voix, se leva et déclara, péremptoire : « ben moi, je ne dirai qu'une seule chose : il faut rendre le Tour de France aux Français ». Puis, se rendant compte qu'il venait d'énoncer quasiment mot pour mot le slogan d'un parti démocratique que son « anti-fascisme » primaire le pousse à conchier à toute occasion, valable ou non, il se rassit, se plongea dans la contemplation de son verre vide et murmura : « enfin, moi je dis ça, c'est pour meubler, comme disait le Père Lachaise ».

# Posté le vendredi 07 septembre 2007 03:42

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:30

Quel avenir pour la gloire face à la dislocation du bloc soviétique ?

Quel avenir pour la gloire face à la dislocation du bloc soviétique ?
« Ce qu'il nous faudrait, c'est une bonne guerre ». J'ai encore entendu cette phrase il y a quelques jours, au cours d'une discussion un peu arrosée avec quelques amis. Elle est un peu étrange, cette phrase : l'idée d'accoler l'adjectif « bon » avec le nom commun - trop commun - « guerre » peut sembler un rien anti-pléonastique (car on ne dit pas, contrairement à ce que je pensais jusqu'à hier soir, « pléonasmique ». Et pas un seul d'entre vous, chers lecteurs, ne m'a fait remarquer que je m'égarais régulièrement dans les sentes sinueuses du barbarisme le plus ségoliste... Vous me décevez beaucoup).

Et pourtant, je ne pût m'empêcher de tenter de la comprendre, parce que je connais bien celui qui l'a prononcée ce soir-là – et que je sais que tu me lis en ce moment même -, et aussi parce que je sentais confusément, d'emblée, qu'elle cache quelque vérité. Mes recherches aboutirent à ceci : la guerre est un état de fait qui privilégie, voire provoque, les actions d'éclat, les comportements nobles et les choix courageux, car difficiles. Je me remémorai la succession d'idées qui nous avait mené
jusque là, et me souvint que nous avions parlé, pêle-mêle, de Jean Moulin, Léon Degrelle, Jeanne d'Arc, Charles de Gaulle, Philippe Pétain, et d'anonymes tellement peu connus que même leurs noms ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Tout ces gens ont fait des choix grands, nobles, en hommes (et femmes, dois-je encore le préciser ?) libres. Ils ont été grands, nobles, et libres, même au fin fond de la plus ignoble des cellules de la Gestapo ou au plus haut d'un bûcher rouennais. Auraient-ils été aussi grands-nobles-libres en allant pointer chaque matin à l'usine, en continuant à écrire des bouquins que personne n'aurait lu sur l'utilisation de l'arme blindée à l'ère de la modernité ou en gardant leurs moutons ? Personnellement, je ne sais pas. Et c'est là que se pose la question : peut-on être grand........... (complétez vous-même, je pense que vous avez saisi l'idée) hors de ces situations exceptionnelles que sont les guerres ? C'est cette légitime interrogation qui poussa donc mon ami susdit à lancer la question introductive à ce texte (corrige-moi si je me méprends).

Certains d'entre vous pourraient me répondre que Charles Lindbergh n'a pas eu besoin d'une situation de guerre pour franchir le premier l'Atlantique en solitaire et en avion, pas plus que Louis Armstrong pour être le premier homme à marcher sur la Lune... C'est vrai, mais force est de reconnaître que de nos jours ce genres d'exploits ne sont plus trop possibles : essayez d'être le premier à franchir l'Atlantique en avion et en solitaire, et vous verrez que ce n'est pas évident. Et de toute façon, ces exploits ne touchent qu'un nombre très limité de personnes, alors que les guerres peuvent faire d'un peuple entier des héros (je pense à la glorieuse résistance au nazisme de nos voisins et néanmoins amis Britanniques). Je serais donc tenté d'affirmer péremptoirement, alors qu'absolument rien ne me donne ce droit, que l'héroïsme n'est possible qu'en cas de guerre. Ainsi, nous, jeunesse de France, n'aurions aujourd'hui aucune occasion d'être grands, nobles et fiers ? Il y a en effet de quoi désespérer, verser de chaudes larmes sur nos petites vies mesquines et faire le deuil de nos espoirs de gloire.

Pourtant, Saint-Exupéry disait : « Il est aussi beau d'éplucher des pommes de terre pour la gloire de Dieu que de lui élever des cathédrales ». Reprenons donc espoirs, relevons la tête, et soyons grands au jour le jour, dans nos vies quotidiennes, dans nos tâches ménagères, dans nos boulots respectifs. La tâche est d'autant plus dure qu'elle peut sembler ingrate, mais osons croire que nous pourrons, au soir de notre vie, regarder en arrière sans honte et sans regrets, et dire à nos enfants et nos petits-enfants : « je meurs comme j'ai vécu : Libre ».


Quelqu'un a un mouchoir ?

# Posté le jeudi 13 septembre 2007 14:39

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:29

Quel avenir pour le talent face à l'implacabilité de la mort des meilleurs, ceux qui partent toujours les premiers ?

Quel avenir pour le talent face à l’implacabilité de la mort des meilleurs, ceux qui partent toujours les premiers ?
Je viens à l'instant de relire pour la cent cinquante-septième fois au moins un recueil des Chroniques de la haine ordinaire de Desproges. C'est beau. A chaque fois que l'inaction, l'ennui, le hasard, ou l'envie d'oublier un court instant que la mort est de toute façon au bout du chemin, me pousse à rouvrir un des livres de cet homme, je n'en sorts plus avant d'être tout abdomino-courbaturé ou yeux-de-larmes-inondés. J'ai beau connaître par c½ur la moindre de ses facéties, être capable de réciter deux pages à l'avance le moindre de ses calembours ou encore pleurer par anticipation à chacun de ses élans poétiques, chacune de ces lectures fait résonner le quartier entier de soubresauts d'hilarité qui s'échappent de ma gorge et par la fenêtre entrouverte. J'en redécouvre à chaque fois, comme le promeneur régulier ne revoit jamais deux fois le même paysage alors même qu'il reprend le même chemin forestier qui serpente entre les chênes centenaires où la mousse indiquerait, selon la rumeur, toujours le nord, bien que cela paraisse presque aussi improbable qu'un ralentissement prochain de la récession en France, et entre les racines desquels (il s'agit des chênes centenaires où la mousse, je ne vous la refais pas...) se glissent le mulet (attention typo, je dis « mulot ») et la fouine qui fouit (attention typo, je dis « fuient ») devant le pas lent et régulier du marcheur dont au sujet duquel qu'il était question au début de ma phrase. Je le redis aujourd'hui encore, à l'intention des quelques incultes bornés qui ne l'auraient pas encore compris, cet homme est, outre mon maître quatre-vingt cinq à penser, un authentique artiste.

C'est pourquoi j'ai faillit laisser exploser tout à l'heure, entre les murs d'un libraire où je m'égarai pas par hasard dans le but de compléter ma Desprogeothèque, ma colère contenue autant que légitime, quand, après d'infructueuses recherches aux rayons « poésie » et « littérature », je découvris enfin, farouchement dissimulé entre un recueil de Chroniques assassines de Ruquier et un tome du Très beaucoup meilleur de Carlier, le fruit défendu de mes recherches : les Textes de scène (que j'ai déjà tous en disque, mais ce petit – par la taille – opuscule contient aussi quelques inédits, et se trouve donc être irréfutablement indispensable). Est-il Dieu possible qu'on ose mélanger ainsi Desproges et Ruquier ? A-t-on jamais vu un épicier oser mélanger dans la même vitrine caviar et corned-beef ? Ou un sommelier proposer un Figeac 1985 en même temps qu'un Beaujolais 2007 ? Ou un disquaire ranger dans le même rayon Children of Bodom et Céline Dion ? (cf. petite note)

J'ai failli suggérer à un vendeur qui se trouvait là, occupé à ne rien faire avec un acharnement remarquable, qu'on déplaçât tout Desproges vers le rayon littérature, avant de réaliser qu'il y côtoierait Duras et Houellebecq, ce qui me fit douter qu'il y gagnât au change. Subséquemment, je me tins coi... Je me tins quoi ? Je me tins la tête entre les mains et le discours intérieur suivant : « si l'indigence culturelle de l'époque où j'ai le malheur d'être condamné à vivre, rire, aimer et mourir m'interdit d'espérer pouvoir trouver un jour des voisins de rayon décents à Monsieur Desproges dans cette librairie, le plus simple n'est-il pas d'emmener Monsieur Desproges chez moi, où il sera, je crois, en assez bonne compagnie ? » Ainsi fut dit, ainsi fut fait, et je me dirigeai vers la caisse les bras chargés de ces inestimables trésors trop longtemps négligé par la foule inculte qui me dévisageait d'un air bovin tandis que je sortais, toujours chargé tel un bidet (attention typo, je dis « baudet »), de cette boutique où l'on mélange l'art et le jambon, si j'ose dire.

Puis je m'en fus partager ma joie avec les quelques pigeons qui viennent parfois picorer d'un bec distrait quelques miettes jetées sur le rebord de ma fenêtre, vestiges lointain d'un sandwich au thon que j'avais grignoté d'une mâchoire distraite un soir où le poids de la solitude m'avait dissuadé d'entreprendre la confection d'un repas, car chacun sait que les bons repas sont, comme l'amour et le bonheur, meilleurs quand ils sont partagés.


Ceci est une note, discrète mais néanmoins fondamentale : Le premier qui ose faire semblant de ne pas savoir lequel des deux figure dans cet exemple le corned-beef, je ne prends même pas la peine de lui répondre. Je ne dis pas ça pour toi, mon bon Robert, mais un petit peu quand même...

# Posté le mercredi 26 septembre 2007 05:30

Modifié le mercredi 13 février 2008 19:02