Quel avenir pour les lettres de motivation sincères face à la cruelle défection des postiers à cheval dans le grand Ouest américain ?

Monsieur


J'ai l'honneur, le plaisir et l'avantage de vous faire par la suivante part de mon intention de travailler avec vous. J'ai lu sur la vitrine de votre modeste mais charmant commerce que vous recherchiez des volontaires pour conduire ces fringantes motocyclettes que j'ai pu voir garées sur le trottoir devant votre porte ou par les rues ; volontaire, je le suis.

Depuis ma plus tendre enfance, toutes mes actions sont dictées par le besoin irrépressible de faciliter la vie de mes frères humains. C'est ce qui m'a poussé à entreprendre dernièrement la confection d'un engin mécanique, et qui me pousse aujourd'hui à faire le don de moi-même à mes concitoyens. Fidèle disciple des Grands Hommes des Lumières, je milite activement pour le respect des Droits inaliénables de l'Homme, et je suis intimement persuadé que le Droit à recevoir ses pizzas moins de 20 minutes après les avoir téléphoniquement commandées est un de ceux-là, même si la Constitution Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen reste assez floue sur le sujet, mais il ne peut s'agir que d'un oubli, bien compréhensible quand on pense à l'énormité du travail qu'accomplirent ces Grands Hommes pour sortir notre beau pays de l'obscurantisme moyenâgeux où il était plongé depuis bien trop longtemps, et ce sans le secours de l'électricité.

Je suis, monsieur, de la trempe de ces hommes qui, au siècle dernier, consacrèrent leur vie à l'acheminement du courrier à travers les vastes plaines de l'Amérique du Nord. Ces Buffalo Bill et autres Lucky-Luke qui contribuèrent au renom du Pony Express, je me sens leur frère de c½ur, leur cousin d'aventure et leur voisin de palier dans l'immeuble de la gloire. Ces Mermoz, ces Guillaumet, ces Saint-Ex, tous sont pour moi des exemples qui me pousseront, le moment venu, à faire s'il le faut le sacrifice de ma vie pour qu'arrive à temps la pizza tant convoitée. Et je sais que je pourrai moi aussi un jour murmurer, épuisé d'avoir porté une pizza en courant suite à un ennui mécanique, mais fier et heureux que le client l'ai reçue dans les temps : « ce que j'ai fait, aucune mobylette ne l'aurait fait ».


C'est pourquoi je sollicite aujourd'hui de votre générosité le droit de faire ma part du travail sur le chantier du chemin escarpé de la félicité universelle.


En attendant avec une excitation contenue mais bien réelle une réponse positive, je vous prie de bien vouloir agréer, monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.


Fikmonskov

# Posté le mercredi 26 septembre 2007 05:34

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:32

Quel avenir pour les honnêtes gens face à ce climat de suspicion tellement permanente que la Terreur, l'Occupation et soixante-dix ans de Communisme en Russie Soviétique passent pour d'anecdotiques facéties ?

Quel avenir pour les honnêtes gens face à ce climat de suspicion tellement permanente que la Terreur, l’Occupation et soixante-dix ans de Communisme en Russie Soviétique passent pour d’anecdotiques facéties ?
C'était un de ces soirs où l'idée de rester seul à méditer sur le sens de la vie, l'existence de Dieu ou l'heure du prochain repas - occupation à laquelle j'aime m'adonner ordinairement – me faisait envisager la pendaison comme une activité assez novatrice mais néanmoins intéressante. Je décidai donc, afin de n'avoir point à recourir à ce genre d'extrémités, qui sont en générales fortement déconseillées par tous les médecins sérieux, y compris ceux qui militent activement pour l'euthanazie (il y aurait une faute d'orthographe quelque part que ça ne m'étonnerait pas, mais je n'arrive pas à la débusquer...), de me rendre chez une de mes connaissances qui avait conviées autour d'un bon verre et d'une collation un petit nombre de ses amis, parmi lesquels je n'étais pas... Je passai donc préalablement chez un épicier afin d'y faire l'acquisition d'une bouteille destinée à faire oublier mon incorrection. L'épicier m'accueillit à bras ouvert, car il sait bien que je préfère boire peu mais bien que beaucoup et mal, ce que mon banquier regrette, mais que voulez-vous... Je lui pris deux bonnes bouteilles d'un vin blanc liquoreux qui m'a mainte fois ouvert des portes à l'origine plus fermées que le portefeuille d'un avare ou qu'un roman de Proust dans la bibliothèque d'un scientifique, et me dirigeai d'un pas ferme et décidé vers la chaleur accueillante du foyer de mon hôte. « Vous arrivez comme un ½uf sur le plat, mon cher Fik, nous n'avions plus de vin ! », s'exclama-t-il en m'ouvrant sa porte et ses bras maigres.

La soirée se passa en facéties littéraires et en anecdotes historiques, nous dissertâmes de Jeanne d'Arc et de Charrette, nous préparâmes le Grand Matin en dégustant un gâteau au chocolat, et nous rîmes beaucoup. La soirée dura jusque tard dans la nuit, et les invités nous quittaient un à un, si bien que lorsque notre hôte nous mit enfin dehors, nous n'étions plus que deux, l'autre étant une jeune fille de mes amies pour qui je nourrissais déjà à l'époque et sans qu'elle le sût un sentiment mi-amical mi-amoureux. Mon devoir de gentilhomme, qui me dictait de la raccompagner jusque chez elle, se trouvait quelque peu refroidi par le fait qu'elle habitait, cette amie, fort loin du centre-ville, et que la raccompagner serait pour moi synonyme d'au moins une bonne demi-heure de plus passée dehors. Je dois le dire, à ma grande honte, je renâclais... Cependant, ne voulant pas qu'il fût dit que j'avais laissé une jeune fille rentrer seule chez elle à une heure tardive, je lui proposai de s'arrêter chez moi, d'y passer la nuit et de s'en retourner chez elle le lendemain matin. Elle accepta.

Je logeai à l'époque dans une chambre que me louait un couple de jeunes retraités. J'y étais complètement indépendant, y faisais ce que je voulais, y invitais qui je voulais... Mes logeurs ne m'avaient au début de l'année posé qu'une seule condition : ils ne souhaitaient pas que cette chambre soit le théâtre d'ébats que la morale et l'Eglise réprouvent en dehors des liens sacrés et indissolubles du mariage. Cela ne me semblant pas poser de problème, j'avais bien entendu acquiescé à cette condition sine qua non, et l'avait depuis toujours respectée. Et je la respectai ce soir-là encore, puisque rien, sinon la nuit, ne se passa. Le matin, la demoiselle émergea de mon lit – où je n'étais pas -, posa le pied par terre – où j'étais -, me remercia de l'avoir accueillie et m'exprima son souhait de retourner vaquer à ses occupations en me laissant vaquer aux miennes. En la raccompagnant jusqu'à la porte, elle habillée en coup de vent et l'air mal réveillée, moi ébouriffé et en pyjama, nous croisâmes dans la cuisine ma propriétaire qui téléphonait, et me lança, en voyant que je n'étais point seul, un regard où je crus déceler, à travers les brumes pas encore dissipées de l'alcool et de la nuit trop courte, une hostilité contenue. Une fois la porte d'entrée refermée, je me dirigeai vers la cuisine afin de lever le malentendu qui semblait s'être glissé dans l'esprit de ma logeuse. Je n'eu pas le temps d'entrouvrir la bouche pour attaquer l'entame d'une introduction à un début de commencement d'explication que celle-ci menaça de me mettre séance tenante à la porte sous prétexte que je n'avais, selon elle, pas respecté la seule condition qui m'avait été formulée à mon arrivée. Epoustouflé par la violence de l'accusation, je ne sus que rester coi, muet comme un métacarpe et silencieux comme un tombereau. Lorsque je me remis de mon émotion, j'étais seul dans la cuisine, toujours ébouriffé et en pyjama, mais avec en plus la certitude un rien désagréable que le malentendu était bien effectif.

Durant les quelques jours qui suivirent, nous n'échangeâmes pas un mot, et le malaise continua de grandir. Je décidai alors d'écrire un mot à l'intention de mes logeurs, où j'expliquerais la situation, et affirmerais avec force et conviction que, malgré les apparences qui pouvaient en effet s'avérer trompeuses, je n'avais un rien enfreint la règle, et que leur suspicion était blessante à mon égard, ce qui m'importais en fait assez peu, mais surtout à l'égard de la demoiselle en question, ce qui me paraissait diablement plus gênant. Lorsqu'ils eurent lu ce mot, mes interlocuteurs répondirent, par la même voie et en substance, qu'ils acceptaient de passer l'éponge, mais que ça ne devait nullement se reproduire sous peine d'exclusion immédiate, ce à quoi j'avais déjà échappé de peu. Cette réponse ne me convint pas du tout : m'absoudre d'un crime que je n'avais pas commis, c'était réaffirmer ma culpabilité... On appelle ça couramment une erreur judiciaire. Mais, sentant bien que continuer à clamer mon innocence ne servirait à rien qu'à donner à croire à mes détracteurs que je ne savais pas reconnaître mes torts, je ne clamai rien du tout et m'écrasai comme une bouse fumante dans l'herbe verte d'un pâturage alpin, aux premiers jours du printemps.


Ainsi, il est des gens qui ont encore un certain sens de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, mais qui s'obstine à refuser de croire que d'autres qu'eux puissent l'avoir aussi. N'était le respect dû à mes aînés, j'irais jusqu'à dire que c'est navrant.

# Posté le vendredi 28 septembre 2007 09:38

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:32

Quel avenir pour la gloire face aux conseils portés par la nuit ?

Quel avenir pour la gloire face aux conseils portés par la nuit ?
Je me suis endormi hier soir avec une idée formidable en tête. De ce genre d'idées que les plus grands n'ont que deux ou trois fois dans une vie, et qui inspirent des textes somptueux, ou des films profonds, ou des morceaux divins, dont on dit qu'ils sont le sommet Anapurnesque d'une carrière pourtant riche en sommets de toutes sortes. Je tenais enfin l'idée qui ferait de moi un des grands de la littérature et de ce monde, qui m'ouvrirait toutes grandes les portes de la gloire et les pages des livres d'écoles. J'allais pouvoir tutoyer Racine, tapoter amicalement l'épaule de Proust, discuter de la meilleure façon de cuisiner les endives avec Desproges, ruiner Pascal au poker – c'est un divertissement comme un autre... - et faire repasser mes chemises par La Fontaine. Les gens instruits allaient me saluer dans la rue et les dames du monde se pâmeraient sur mon passage. La Sorbonne, l'université d'Oxford et l'institut Albert-le-Grand se disputeraient mes services, et les étudiants afflueraient à mes cours.

Bien sûr, je savais bien qu'il me restait encore à donner à cette idée l'écrin d'orfèvrerie qu'elle méritait : je travaillai mentalement mon introduction, je détaillai les péripéties qui amèneraient en finesse au dénouement final, je ciselai des phrases longues comme un instant d'éternité, je tremblai un peu aussi de n'être pas capable d'honorer la majesté de l'idée, comme l'alpiniste frissonne de peur et d'excitation au pied de la face nord de l'Everest avant d'en attaquer l'escalade en solitaire et sans assurance. Le défit était de taille, mais je me sentais pousser des ailes fortes et solides, desquelles je tirai une plume que je plongeai dans l'encre de mon inspiration la plus limpide et claire avant de la poser sur la feuille de la félicité éternelle qui me porterait sur son dos jusqu'au plus haut de l'Olympe littéraire. Zeugma, anacoluthes et asymptotes s'entrechoquaient si fort dans mon crâne que mon voisin du dessous donna des coups de balai sur son plafond en menaçant d'appeler la police.

Puis je sombrai dans les délices d'un sommeil réparateur, parsemé de rêves où j'écoutais les conseils avisés de Giono, Vialatte, Balzac et Rilke, assis sur le dos d'Houellebecq qui me cirait mes chaussures, au coin d'un feu allumé avec les bouquins de Duras. Jamais je ne dormis aussi bien.


Ce matin, en me levant, je me suis jeté sur mon ordinateur afin d'y reporter les fruits de ma nuit. Tout ce que dont je fus capable de me souvenir fut une blague que m'avait racontée Baudelaire pendant la nuit : celle du fou qui repeint son plafond...

Tout cela prouve à l'évidence que, si l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, la gloire, elle, appartient à ceux qui ne se couchent pas.

# Posté le vendredi 28 septembre 2007 09:41

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:32

Quel avenir pour les naufragés solitaires face aux progrès de la reconnaissance satellitaire ?

Quel avenir pour les naufragés solitaires face aux progrès de la reconnaissance satellitaire ?
Je suis un mec excessivement compliqué. Écrivant cela, je sais que je m'expose à une masse de commentaires ironiques de ceux de mes lecteurs qui me connaissent, c'est pourquoi je tiens à préciser que je ne viens pas de le découvrir. Je le sais depuis pas mal de temps déjà, mais je le re-découvre avec un effarement mêlé d'un peu d'angoisse à chaque fois que je re-parcours d'un ½il distrait un document Word qui me tient lieu de défouloir et où je jette, en vrac, les pensées torturées qui me tiennent lieu d'états d'âme. Le résultat : un long texte découpé en paragraphes de tailles inégales, dont chacun est un petit joyau, soit dit en toute modestie, que seule mon immense pudeur – qui m'incite généralement à enfiler un pantalon avant d'aller faire mes courses, par exemple – m'interdit de livrer aux yeux avides de mes lecteurs, et qui prouve également que je n'écris pas des phrases immenses que pour emmerder le monde, mais aussi quand je suis seul avec moi-même, contrairement à ce que certains se plaisent à insinuer sournoisement, insidieusement et dans ces pages (tiens, encore une, de 93 mots, sans même compter cette parenthèse qui, selon les codes de ponctuation en vigueur, est pourtant normalement comprise dans cette phrase, puisque aucun point n'est encore venu en marquer la fin, ce qui arrive maintenant).

C'est ainsi que certaines de mes propres incohérences me sautent régulièrement à la figure : il m'arrive par exemple de me demander pourquoi diable me destine-je à un métier public alors que mon besoin vital de solitude devrait normalement me pousser à envisager une carrière de naufragé sur une île déserte. J'ai entendu dire que Robinson cherche un remplaçant en ce moment, car il se sent un peu fatigué. Cette proposition est assez intéressante, mais l'obligation contractuelle de garder Vendredi comme compagnon me pose problème... Naufragé, je veux bien, mais encore me faut-il être naufragé solitaire. Ah, mon Dieu, où y a-t-il un place pour moi sur cette Terre ? Ah mon Dieu, y a-t-il une place pour moi sur cette Terre ? Pourquoi, me demande-je également, ne suis-je pas capable, malgré l'amour qui me submerge quand je pense à mes frères humains pris un par un, de les supporter quand ils sont plus de deux ? Pourquoi l'idée de partager quoi que se soit d'un peu personnel avec qui que se soit me répugne-t-elle tellement ? Pourquoi ne puis-je pas trouver deux chaussettes identiques dans mon placard ? Et pourquoi suis-je incapable de tenir une conversation de plus de 2 minutes même quand j'en meurs d'envie ?

Ainsi il y a quelques jours, à cette heure où la nuit fait tomber sur la ville son froid manteau, poussant les habitants à se réunir autour d'un verre pour se tenir chaud ; j'étais pour ma part assis à une table dehors, sur le trottoir devant un bar où j'ai mes habitudes. Je n'avais – une fois de plus – pas envie de me mêler à la foule des clients qui se tassaient à l'intérieur, et dont certains pourtant étaient des connaissances assez proches. Mais le bruit et l'odeur de tabac qui se répandaient jusque sur le trottoir ne m'encourageaient pas à travailler à développer mes relations sociales. Je ne développais donc rien d'autre que mes pensées, attendant qu'éventuellement quelqu'un, poussé dehors par un légitime besoin de respirer un peu d'air frais et pur, vienne s'asseoir à ma table. J'eus ainsi, grâce à cet habile subterfuge, le plaisir de pouvoir discuter sans hurler avec quelques-unes de ces connaissances, et ce fut bien sympathique. C'est alors que tu arrivas. Plongée dans la rédaction d'un SMS, tu étais sortie pour profiter d'une bouffée d'oxygène, et tu t'étais assise sur une chaise placée en face de moi. Étrange spectacle que nous devions offrir là, assis face à face, toi penchée sur ton portable, moi occupé à ne pas te regarder avec acharnement afin de ne pas te dire de choses à l'eau de rose, comme l'envie m'en effleura avec insistance. Puis tu rangeas ton portable, m'adressas un sourire, et laissas tes yeux se perdre dans le vague quelque part aux alentours de mon épaule droite. Cela ne dura peut-être que quelques secondes, mais, durant le laps de temps où le silence fut, je cherchai fébrilement quelque chose à dire dans le seul but de te retenir un peu et d'avoir enfin une bonne raison de te regarder dans les yeux. Et c'est là que je réalisai une fois de plus à quel point la plus banale des situations peut prendre pour moi des proportions pyramidesques : n'importe qui à ma place aurait lancé un quelconque « et sinon, ça va ? », ou « c'est dingue comme il fait doux, on croirait pas qu'on est en octobre », voire, pour les plus originaux, « c'est marrant, j'arrive pas à me faire à l'idée qu'on est déjà jeudi » ; et tu aurais répondu, sur le ton de celle qui sait répondre à une banalité par une banalité encore plus grande : « eh voui, c'est fou comme le temps passe, hein ? ». Et rien que ça, venant de toi, aurait valu pour moi toute Les Pensées du monde. Au lieu de ça, je tournai et retournai dans mon crâne des phrases impossibles, à la fin desquelles ni toi ni moi n'aurions pu dire de quoi il était question au début, l'entendement assommé sous un flot continu de calembours faciles, de litotes exacerbées, de métaphores plus filées qu'un journaliste dissident de droite par le KGB aux grandes heures de la Russie Soviétiques, de chiasmes conquérants et de zeugma doubles, voire triples, car oui, je me sentais prêt à tous les exploits pour avoir le droit de voir naître en tes yeux cette étincelle de surprise et de reconnaissance, semblable à celle que provoque chez le gourmand la vue d'un somptueux banquet ou chez l'imbécile profond la vue d'un ballon rond, et que j'avais déjà vue ce soir où, voulant te sauver des attaques répétées d'un benêt croisé dans la rue, je t'avais offert, en vrai gentilhomme, mon bras en même temps que ma protection. J'en étais à hésiter entre mettre un point simple ou des points de suspension à la fin de ma phrase (le point aurait montré que j'étais sûr de ce que j'avançais, mais aurait pu te laisser croire que je n'attendais pas de réponse ; le point de suspension, au contraire, aurait indiqué que j'attendais une réponse, mais m'aurait donné l'air indécis... Ah, le cruel dilemme !!!) quand tu te levas et t'en retournas à l'intérieur. Je gardai donc ma phrase pour moi et m'en allais vers chez moi, non sans avoir oublié de régler ma consommation de la soirée, ce qui ne m'arrive normalement jamais...


Ah non, vraiment, c'est pas simple d'être un mec compliqué...

# Posté le vendredi 05 octobre 2007 15:29

Modifié le dimanche 30 décembre 2007 10:31

Quel avenir pour la poésie surréaliste dans un monde désenchanté ? (Je l'aurais pas déjà fait, le coup du monde désenchanté ?)

Chers amis et lecteurs

J'ai tout à l'heure ouvert, par hasard, un livre scolaire qui traînait dans les rayons de la bibliothèque d'un ami. C'était un recueil de poèmes de niveau CM1, probablement oublié là par un des nombreux petits neveux de l'ami en question. Je feuilletai distraitement l'ouvrage, en quête d'un poème de Baudelaire ou de Rimbaud. Ce que je lus ne ressemblant à rien de cela, je décidai de pousser plus avant mes investigations, et, au moment de quitter mon ami, je lui empruntai ce bouquin, afin de vous offrir un aperçu de ce que la jeunesse de France est contrainte d'apprendre par c½ur, alors accrochez-vous bien.


Il est là, là sur l'eau, posé tel un glaçon.
À son bord des garçons qui abordent les filles :
« Dansons au son de l'eau, de bâbord à tribord,
Et puis embrassons-nous pour oublier la mort »
(Amour en mer,
aaaaaaaaamère amarre ;
aaaaaaaaaaaaaaaaHomère a tort,
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal'amour est mort,
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaala mère a marre...)
De la danse les pas font frissonner la quille, la quille qui frétille et le mat qui oscille.
En cadence les rats attaquent les patates,
Dans la soute sans doute on goûte et puis on broute,
Le navire est en route et les rats en déroute.
« Écoute écoute donc les ron-rons les flon-flons, Les glou-glous les frou-frous,
Vois là-bas aperçoit ne le vois-tu donc pas ? ».

Vacarme
vacarmeaTapage
vacarmetapageaaNaufrage
vacarmetapagenaufrageaaaHeurt terreur peur horreur...

Roc choc poc plouf...

Il coule dans la houle et roule et tout chamboule.
Vestiges devenus esquifs
Froid, toi, moi, doigts gelés, pelés, brûlés de froid

aaaaaaAlors, subséquemment et concomitamment,
aaaaaaOn n'ouïe plus que le cri du conscrit dans la nuit,
aaaaaaQui dérive et divague et dévide sans bruit
aaaaaaL'éternel hurlement que la nuit seule entend...

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Les rues sont vides, la lune est pleine, la coupe aussi...
J'en ai assez, je n'en peux plus.
Assez de marcher seul, à te chercher en vain,
À ne penser qu'à toi sans pouvoir te revoir,
À rechercher ta trace sur le goudron tiède,
Ton odeur dans la nuit, tes yeux dans les étoiles,
Ton sourire partout à part là où il est...

Je sais bien que pour toi
Je ne suis qu'une absence,
aaaaaaun nom connu peut-être,
aaaaaaaaaaaaaaun souvenir à peine.

La ville toute entière me parait hostile,
Je n'y puis plus trouver le réconfort passé, alors qu'en vain j'y erre.
Pourtant j'y ai aimé, j'y ai ri et pleuré
(Il semble que c'était hier
Ou il y a une éternité...)
J'y ai vécu, ici, et n'y puis vivre plus
Et je sens sur ma joue
Une larme qui fait déborder le vase de nostalgie,
Formant à mes pieds
Une flaque d'amertume où se noie
Le poisson de l'envie, le bébé que l'on jette
Avec l'eau sale et amère
D'un bain de désespérance...

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Soudainement, je comprends beaucoup mieux pourquoi les jeunes ne lisent plus de poésie...

# Posté le vendredi 05 octobre 2007 15:35

Modifié le mercredi 26 mars 2008 10:45